Le professeur d’orgue

Charles-Nègre

Un pauvre joueur d’orgue, arrêté sur le boulevard, exécutait à sa manière l’air Di tanti palpiti. Les flâneurs l’entouraient. Tout à coup, un monsieur perce le cercle, et dit vivement au musicien nomade :

Plus vite donc ! plus vite !
— Quoi donc, Monsieur ?
— Tourne plus vite… c’est
allegro.
— Mais, Monsieur, je ne sais pas.
— Tiens, comme cela, comme cela.

Et, saisissant la manivelle, le Monsieur tourna dans la mesure voulue.

Merci Monsieur, dit le musicien, je profiterai de la leçon.

Le lendemain, le même orgue s’arrête au même endroit, et le musicien joue encore l’air Di tanti palpiti, cette fois comme on le lui avait appris la veille.

Bravo ! crie une voix partie du balcon de la maison en face de laquelle le musicien était arrêté.

Et une pièce de monnaie, soigneusement enveloppée dans du papier, comme c’est l’usage, récompensait l’artiste ambulant de sa docilité. Celui-ci déplie le papier, croyant y trouver un modeste sou. Il y trouve un double napoléon.

Le Monsieur qui lui avait enseigné la mesure Di lanti patpiti était Rossini lui-même.

« Almanach de la littérature, du théatre et des beaux-arts. » Paris, 1858. 
Illustration : Charles Nègre.

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