Pauvre mais honnête !

Juliette-Roche

On a vu, cette semaine, cette scène navrante se passer en plein boulevard.

Un monsieur « chic »… ayant aperçu un ouvrier qui ramassait un porte-monnaie à terre, s’empressa de le désigner à un agent comme si cet ouvrier était un voleur. Aussitôt, foule de badauds, cris, soupçons, menaces de mener cet ouvrier au poste… Et ce fut à grand’peine que le pauvre diable put établir que le porte-monnaie qu’il avait ramassé était tout bonnement le sien qui était tombé de sa poche.  Je pense que le monsieur « chic » doit être satisfait de son intervention !

Cela rappelle l’histoire, tout aussi navrante, d’une bague, qui avait été posée sur un piano par une grande dame, pianiste distinguée, qui daignait se faire entendre à ses invités dans un concerto pour violon et piano. Le concerto exécuté, on s’aperçut que la bague  avait disparu. Aussitôt la dame suppose qu’on l’a volée et considère tous les invités de l’oeil le plus désagréable. Par manière de plaisanterie, ceux-ci affectent de retourner leurs poches… Cela ne suffit par à la dame, qui laisse entendre que personne ne sortira tant que la bague n’aura pas été retrouvée. Et comme on ne la retrouvait toujours pas, elle s’adresse violemment au violoniste, et lui dit ces abominables paroles :

C’est vous !… c’est, vous, avouez-le donc !… Ce ne peut être que vous, puisque vous êtes pauvre !

En réalité, la bague avait été volée par un de ces gentilshommes décavés qui frisent aussi souvent le Code qu’il leur reste de cheveux ! Vous aimerez certainement mieux l’anecdote du duc de Grammont-Caderousse qui avait parié, avec ses amis, qu’il se ferait arrêté sans dire un seul mot.

Le lendemain, il s’asseyait à un café connu, habillé en ouvrier, avec une blouse très loqueteuse et une casquette de couleur lamentable. Pour un peu, on ne lui aurait pas servi la consommation qu’il demandait. Mais quand, pour payer, il sortit de la poche de son pantalon un portefeuille bourré de billets de banque… oh alors ! ce ne fut pas long. Le garçon le signala au patron, qui envoya chercher immédiatement des agents.

Le duc de Grammont-Caderousse fut conduit comme étant sûrement un voleur au commissariat de police le plus voisin. On s’expliqua, le duc avait gagné son pari sous l’oeil de ses amis qui le surveillaient. Il était content.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.
Illustration : Juliette-Roche.

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10 réflexions sur “Pauvre mais honnête !

  1. De nos jours, le fait d’avoir « beaucoup d’argent sur soi » est (si l’on en croit les conseils donnés aux commerçants depuis « les attentats ») un signe qu’on serait peut-être un terroriste !

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  2. Bonjour Gavroche,
    Heureuse de te revoir parmi nous. Je commençais à m’inquiéter de ton silence, toi si prolixe en tant ordinaire.
    Nouvelle présentation ! Bravo Gavroche, beaucoup de clarté et simple, sympa 😉
    Très bonne journée Gavroche 🙂

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