Un enfant de huit ans

Publié le

jean-sifrein-maury

Valréas est une petite ville du Comtat Venaissin, qui fait aujourd’hui partie du département de Vaucluse. Le lieutenant général, Louis d’Arut de Grandpré, étant un jour allé faire l’inspection du petit collège de cette ville, fut mécontent de voir que les enfants ne répondaient qu’en patois à ses questions.

Fi donc ! leur dit-il, je vous comprends à peine. Quoi! vous ne savez pas même le français ! Vous êtes une troupe de paresseux. Jamais vous ne ferez rien dans vos classes.

Monsieur, répliqua vivement l’un d’entre eux, nous ne pouvons savoir que ce qu’on nous enseigne. Un jour j’étudierai le français et je le parlerai; mais jamais je n’oublierai mon patois. Car l’esprit consiste à apprendre et non à oublier.

Cet enfant n’avait pas encore atteint sa huitième année, mais devait être un jour le cardinal Maury. Il tint parole, car il aimait, jusque dans ses dernières années, à parler le patois de son pays. Étant archevêque de Paris, quand ses compatriotes venaient lui apporter des nouvelles de Valréas, il s’entretenait familièrement avec eux, assistait à leur repas, remplissait leurs verres de son meilleur vin, causait avec eux des individus qu’il avait connus pendant son enfance, et il était enchanté quand ils lui demandaient dans leur patois naïf de boire à sa santé.

Il était parti d’une condition bien humble, mais il était le premier à rappeler son point de départ. Quand il fut fait cardinal, sa mère n’existait plus. Mais sa première pensée fut pour elle.

Oh ! dit-il les larmes aux yeux, que n’est-elle en ce moment auprès de moi, pour lui jeter la calotte de son Alfred dans son tablier ! 

« La Semaine des enfants. »  Paris, 1866.

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8 réflexions au sujet de « Un enfant de huit ans »

    La petite revue de Claire a dit:
    octobre 1, 2016 à 8:18

    Lol

    Aimé par 2 people

    fanfan la rêveuse a dit:
    octobre 2, 2016 à 10:11

    Bon dimanche Gavroche !
    🙂

    Aimé par 1 personne

    isoptech a dit:
    octobre 2, 2016 à 11:29

    du culot le petit merci pour ce moment

    Aimé par 1 personne

    jmcideas a dit:
    octobre 5, 2016 à 10:42

    « T’y n’en pas crouiller cette porte pour n’y pu reluquer sa bouille » !
    Ainsi me disait la vieille Sarthoise d’un importun à la maison -j’adorais ses expressions me rappelant un patois de valeur très intimiste.
    -La valeur du patois est justement de ‘se sentir chez soi’-

    Aimé par 1 personne

    Un petit blog avisé?? a dit:
    octobre 7, 2016 à 6:48

    Bien envoyé ! 😉
    Il promettait comme on dit et .. il a tenu promesses 🙂

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