Pitreries d’un poète

Publié le Mis à jour le

henri-fantin-latour

Voici une anecdote qui dépeint bien la gaminerie qui faisait le fond du caractère de Verlaine :

Un soir de carnaval, la rédaction de la Plume donnait un banquet littéraire suivi d’une soirée dans le sous-sol du café du Soleil d’Or. Verlaine y était attendu. Soudain on le vit paraître, mais en traversant la salle du rez-de-chaussée où se trouvait le café, il aperçut une troupe de jeunes gens affublés de masques en carton. Un de ces masques le séduisit par son peinturlurage criard, autant que par ses vastes dimensions. Il demanda qu’on le lui prêtât un instant, ce qui fut accordé sans peine. Il fit donc son entrée dans la salle du banquet avec une énorme tête de carton au grotesque sourire. Certains jeunes littérateurs d’allure grave furent légèrement estomaqués, scandalisés même de voir le grand poète ainsi déguisé. Mais lui ne fit que rire de leur froideur et de leurs mines compassées.

Une autre fois, Verlaine et Cazals sortaient de chez l’éditeur Vanier. Cazals fit remarquer au poète qu’il y avait un peu de poussière sur sa manche, et qu’il ferait bien de se brosser :

Moi, me brosser ? Jamais de la vie ! Est-ce que par hasard tu me prends pour mon domestique ?

Frédéric-Auguste Cazals & Gustave Le Rouge. « Les derniers jours de Paul Verlaine. » Mercure de France, Paris, 1923.
Peinture : Henri Fantin-Latour.

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3 réflexions au sujet de « Pitreries d’un poète »

    francefougere a dit:
    octobre 2, 2016 à 2:32

    Merci pour ces anecdotes. On lui avait donné un mètre en bois pliant à l’extrémité peinte en jaune dépassant de sa poche. Il fut content comme un enfant, et disait :  » mon mètre à bec jaune « , mot de poète !
    Bon dimanche, Gavroche, toutes et tous 🙂

    Aimé par 1 personne

    Gilles Labruyère a dit:
    octobre 2, 2016 à 5:50

    Un rien le fait beau !

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    jmcideas a dit:
    octobre 8, 2016 à 11:39

    Il faut bien être poète de temps en temps et je ne m’en lasse pas:
    (sans être à hauteur de Verlaine)
    Lors d’un grand dîner, auprès de convives inconnus, je finis par me lasser des compliments faits à la cuisine (le seul sujet qui vaille aux hôtes)- puis vint le dessert que chacun, chacune devait aller prendre soi-même, au buffet >Je me proposais de le servir à chacun, chacune, sans qu’il n’ait à se déplacer > un amusement grandiose, sachant que le petit gâteau monté ne tenait guère intact dans son assiette après 2 pas…Ainsi il arriva, pour chacun, chacune, par mes soins, dans un état lamentable !
    > Je m’excusais à la ronde -n’étant pas un professionnel du service !
    [La poésie était, dans le mélange des couleurs du gâteau, à chaque fois, écroulé dans les assiettes]
    > On appréciera ou pas mon initiative.

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