Une lettre de Gambetta

Publié le Mis à jour le

filles-de-joie

Gambetta est, à cette époque, un jeune avocat stagiaire. Il a 25 ans. Voici de lui, une lettre adressée à un de ses amis où il discute les chances d’acquittement d’une pensionnaire de St-Lazare.

Le 2 (!) décembre 1863.

Mon cher héliographe,

Je suis allé voir ta protégée à St-Lazare. Son affaire, d’après ses explications mêmes, me paraît très grave. Il y a répétition dans le délit d’excitation de filles mineures.
Il sera bien difficile de la retirer des filets des magistrats. Ce sont mailles serrées et dures qui gardent tout, surtout les
carpes. Mais par amour de toi, je ferai l’impossible et je la disputerai à ces vautours en prurit de la moralité jusqu’à épuisement.
Je voudrais seulement qu’elle ait confiance en moi, c’est une des conditions d’énergie de ma nature. C’est peut-être bizarre, mais qui me rendra raison de la bizarrerie des hommes et du caprice des avocats ?
Aie donc la complaisance de voir (ici mots effacés) et envoie ça à mon cabinet, rue Bonaparte 45. Tous les jours, avant onze heures du matin.
Que les temps de Brantôme sont loin de nous, voilà qu’on se met à poursuivre les dames galantes.
La vergogne envahit la langue, la mode, et jusqu’au parquet.
Où allons-nous?
La Vertumanie nous tuera.
Ton fidèle quand même,

Léon GAMBETTA.
45, rue Bonaparte.

Nous avons ici l’opinion d’un maître du barreau sur ce qu’il appelle d’un mot heureux : la Vertumanie. On pourrait, sur cette question délicate, citer d’autres et contradictoires opinions. Peut-être y reviendrons-nous ?

« Le Détective. » Paris, 1928. 

Publicités

2 réflexions au sujet de « Une lettre de Gambetta »

    ermite-athee a dit:
    octobre 3, 2016 à 2:03

    Il est plus sûr que le vice rend malheureux, qu’il ne l’est que la vertu donne le bonheur.

    Œuvres complètes de chamfort

    Aimé par 1 personne

    jmcideas a dit:
    octobre 7, 2016 à 9:58

    Sans vous trotter la tête…sachez que l’avocat de votre défense, ne tient guère compte d’une vertu première: De votre honnêteté de votre cas.
    >Il s’en tient aux arcanes des textes de loi et à une possible complaisance du juge
    > Considérez-vous avoir raison ? Au premier abord, pas lui ! > ses affaires en seraient trop réduites !
    > Dans les mailles du filet, vous pouvez y passer 2 ans, au moins, de débats !
    ————–
    (NB: Votre conseiller d’assurance ne juge-t-il pas, à priori, votre indemnisation au plus bas ?)

    J'aime

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s