Le sport fantaisiste

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Certes, la marche des Catherinettes, si elle fut une marche triomphale de Montparnasse à Montmartre, ne fut pas une épreuve d’une sportivité absolue. Il eût, du reste, été regrettable que cette jolie fantaisie connût les « rébarbativités » du sport pur, qui est toujours austère et parfois peu amusant.

Mais, avouons qu’il fut plus agréable de voir Mlle Yette Taillard grimper les côtes abruptes de la « butte sacrée » en talons Louis XV et bas de soie que si cette charmante Catherinette avait chaussé de rudes souliers et avait adopté le costume sommaire constitué par le maillot et la culotte de nos athlètes. Ce fut du sport fantaisiste, mais du bon sport tout de même, qui égaya les Parisiens toute une matinée. L’épreuve avait d’ailleurs été parfaitement comprise. Il ne s’agissait nullement d’accomplir une performance destinée à passer à la postérité. Non ! Chaque concurrente avait une tâche à la mesure des forces de n’importe quelle « arpète » : porter un léger carton sur cinq à six cents mètres. Ce fut ce que ça devait être : gai, alerte, très parisien.

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Marche des Catherinettes

 

Il n’en pas toujours été de même dans le sport féminin, et, récemment encore, je m’élevais (oh ! sans méchanceté !) contre les exagérations de certains dirigeants de nos sportives, et de nos sportives elles-mêmes. Ceux de ma génération se souviennent certainement de cette frénésie sportive qui s’empara de Paris au commencement de ce siècle. On mit brusquement, dans un monde non préparé, du sport partout : marche des soldats, marche des corporatifs, marche de ceci, marche de cela; il y eut la marche des midinettes, et celle des minuinettes, qui furent de lamentables cortèges, déroulant leur hideur physique et morale entre Paris et Nanterre.

Mais, et nous devons reconnaître là le sens de la mesure de l’esprit parisien, tout le monde, à peu près, reconnut que de tels spectacles n’étaient pas à renouveler, et ils ne furent pas renouvelés.

Et cela nous amène naturellement à parler du sport de fantaisie, qui naquit normalement, en même temps que le sport sérieux, et même les graves Britanniques, qui ont été les vrais créateurs du sport moderne, s’y sont laissé aller, et, peut-être pas toujours avec la modération suffisante. Ne sont-ce pas eux, par exemple, qui ont eu l’idée baroque de faire disputer des courses de nourrices poussant des voitures d’enfants… garnies. Chez nous, nous ne sommes pas encore allés aussi loin. 

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Pierre Labric descend l’escalier de la rue Saint Pierre

 

Ferdinand de Baeder, créa le Championnat de l’Escalier, couru  (ou plus exactement sautillé) sur les quelque trois cents marches de la rue Saint-Pierre, qui escalade le sommet de la butte Montmartre. D’autres épreuves surgirent, qui connurent plus ou moins de succès, mais n’eurent généralement qu’une existence assez éphémère. Il est en effet curieux de constater que seules les épreuves de sport sérieux se renouvellent et durent.

Le sport fantaisiste a, ces dernières années, trouvé sa terre de prédilection, sa forteresse, si l’on veut, et c’est sur la commune libre de Montmartre, que créa le dessinateur Jules Dépaquit, pays presque aussi hypothétique, mais non moins lointain que celui du roi Ubu, qu’il est devenu souverain maître. La commune libre a bien sa « foire aux Croûtes », sa « gare », ses libations et autres folâtreries de même sorte. Mais dans chaque fête donnée là-haut il faut du sport et beaucoup de sport.

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Course de fiacres

 

C’est ainsi que la butte sacrée a vu naître le « championnat de la vie chère », dans lequel les prix sont constitués par des filets à provision bien rebondis, des bons de repas, etc., et qui en est à sa sixième année d’existence, ce qui est vraiment le record pour une épreuve classique de ce genre. Elle a vu aussi le « championnat des Albertines » course pédestre féminine, pour laquelle les concurrentes doivent porter des chaussures à talons hauts de huit centimètres au moins, et trotter sur les plus mauvais pavés de la capitale. Elle a encore vu des courses de taxis, gagnées par Sadi-Lecointe; des courses de fiacre; des courses automobiles au ralenti, gagnées successivement par nos confrères Roger Labric et Arnold Bontemps.

Tout cela n’est peut-être pas sportif à l’excès, mais c’est de la bonne, de la franche gaieté. C’est une fenêtre ouverte au soleil dans la morne vie moderne. Profitons-en et réjouissons-nous en remerciant ceux qui, se souvenant qu’ils sont du pays de Rabelais, nous font rire peut-être pour nous empêcher de pleurer.

G. Desmonceaux. « Le Sport universel. »  Paris, 1925.

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8 réflexions au sujet de « Le sport fantaisiste »

    La petite revue de Claire a dit:
    novembre 25, 2016 à 7:44

    Cette anecdote me fait rire

    Aimé par 1 personne

    CuriousCat a dit:
    novembre 25, 2016 à 9:30

    Un texte au charme suranné… merci Gavroche ! 🙂
    Cat

    Aimé par 1 personne

    jmcideas a dit:
    novembre 27, 2016 à 11:50

    Course des Serveurs(ses) de Café
    Ma favorite -dossard N°5-

    La gagnante fut celle du « Café du Vésinet -rue Blanche-Paris »
    > Lieu à recommander pour un wsky express

    😀 (et plus drôle: Une course ‘tous en talon aiguille’ sur les pavés -genre ParisRoubaix)

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