La liberté de prier

bache

L’acteur Bache était un grand mystificateur. Peu à peu, il était parvenu à se donner tout l’extérieur d’un homme d’église.

A première vue, tout le monde le prenait pour un prêtre en civil, avec sa longue et maigre face rasée, sa redingote en forme de lévite, sa petite cravate noire. Il mystifiait sans souci du public pour le plaisir personnel de la chose. On raconte qu’un jour, il entra dans la basilique de Sainte-Clotilde peu avant la fermeture, prit un prie-Dieu, s’agenouilla et, la tête dans les mains, sembla se plonger dans la plus ardente oraison jaculatoire. Mais, la prière se prolongeant, le bedeau s’approcha, toucha l’épaule du faux prêtre et lui rappela que l’heure approchait.

C’est bien, murmura Bache, d’un air de componction.

Encore deux fois, voyant que cela n’en finissait pas, le bedeau revint respectueusement à la charge. A chaque fois, l’acteur répondait :

Je vous en prie, mon ami ! J’élève mon âme vers le ciel.

A la quatrième intervention du bedeau, Bache se dressa de toute sa hauteur et s’écria :

Ah ! mais, dites donc, mon vieux, en voilà assez. Je vous ai dit que j’élevais mon âme vers le ciel et, quand j’élève mon âme vers le ciel, je n’aime pas beaucoup qu’on m’en… nuie !

« Le Journal amusant. »  Paris, 1932.

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2 réflexions sur “La liberté de prier

  1. La fin, la voilà
     » Eh mon vieux, arrête de prier….les poules vont se coucher »

    (il est vrai qu’à 2 H du matin, vous ne risquez plus d’y faire les rencontres espérées)

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