Mon café !!!

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emmanuel-kant

Le grand philosophe Kant est mort le 12 février 1804, à l’âge de quatre-vingts ans, dans la petite ville prussienne de Koenigsberg, où il était né en 1724, et d’où jamais il n’était sorti.

Sa vie avait toujours été simple, laborieuse, et réglée dans les moindres détails. Son domestique, ancien soldat, l’éveillait chaque matin, cinq minutes avant cinq heures, en lui disant : « Il est temps ! » et Kant, qu’il eût dormi ou non, se levait aussitôt. Un quart d’heure avant de se coucher, il cessait toute occupation et arrêtait le cours de ses pensées. Le moment où, après être entré dans son lit, il éteignait sa lumière, était pour lui délicieux. Exempt d’inquiétudes, de regrets, en paix avec lui-même, il s’endormait presque aussitôt.

Vers la fin de sa vie, le café l’agitant un peu, on voulut le dissuader d’en prendre après son dîner; mais il résista, et ce fut peut-être sa seule faiblesse. Il demandait son café « sur-le-champ. » On cherchait à le distraire; il revenait à la charge.

Le café va venir, lui disait-on alors.
— Oui, c’est là le mal, répondait-il; il va venir, il n’est pas venu.
— Il vient à l’instant, lui disait-on.
— Oui, à l’instant; mais il y a une heure que cet instant dure.

A la fin, il se résignait stoïquement :

Ah ! dans l’autre monde, je suis bien décidé à ne plus demander de café.

kantOu bien il se levait de table, allait à la porte, et criait le plus fort possible : « Du café ! du café ! » Et quand enfin il voyait monter le domestique, il s’écriait plein de joie, comme le matelot du haut de ses hunes :

La terre ! la terre ! j’aperçois la terre !

Ce fut dans ces dernières années qu’un crayon enjoué le représenta sous une forme un peu grotesque, au moment où il prenait avec volupté « sa noire ambroisie. » Il eût souri de cette innocente malice. Sa demi-tasse figure peut-être dans quelque cabinet de curiosités. On montre, à Dresde, une de ses paires de souliers, et une vieille casquette, qu’il avait portée pendant plus de vingt ans, fut achetée à un prix élevé lors de la vente de son mobilier.

« Le Magasin pittoresque. »  Paris, 1860.

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4 réflexions au sujet de « Mon café !!! »

    loisobleu a dit:
    décembre 30, 2016 à 6:29

    Dommage qu’ils n’aient pas acheté la tassetête, car en lieu et place de sa coiffe (gavroche?) au Musée on aurait un sentiment plus proche de son cas fait…
    N-L

    Aimé par 1 personne

    juliette a dit:
    décembre 30, 2016 à 7:14

    Bonne soirée Gavroche sans café 😉

    Aimé par 1 personne

    La petite revue de Claire a dit:
    décembre 30, 2016 à 8:27

    Je vais aller en boire un

    Aimé par 1 personne

    karouge a dit:
    décembre 30, 2016 à 11:30

    vos « historiettes » toujours intéressantes, rigolotes, aux filtres de l’internet, sont parfois trop proches les unes des autres, (dans la réception des mails uniquement -3 mails aujourd’hui)-); Il faudrait un brin d’attente entre l’une et la suivante, pour goûter chacune d’elles. Mais je vous le redis, je me régale de vos historiettes (de vos recherches pointues et sérieuses, (ou du moins sérieusement goûteuses!); En deux mots :: bonne année !
    Que votre plaisir accompagne celles et ceux auquel il s’adresse. Nous risquons d’en avoir (un sérieux) besoin !

    Aimé par 1 personne

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