Histoire extraordinaire d’un petit galibot

Publié le Mis à jour le

georges-carpentier

Ceci pourrait se présenter sous la forme naïve d’une image d’Epinal : dans le fond d’une mine de charbon, à Lens, un petit galibot galibotte de son état. C’est dire qu’il s’occupe aux travaux accessoires, le long des voies souterraines.

Or, dans la ville, un maître d’escrime, canne, chausson, boxe, etc., frappé de ses dispositions pour les exercices physiques, la boxe en particulier, donne au garçonnet des leçons dont le jeune élève profite avec une étonnante facilité. Si bien que, peu de temps après, le professeur, frappé des qualités de l’élève, offre aux parents de prendre leur petit à son compte et de l’emmener en tournée, où les séances de boxe qu’il compte organiser lui rapporteront gros, dit-il. Le père refuse avec la dernière énergie, mais la maman se laisse à la fin tenter par ce propos du barnum improvisé : « Je vous le prends pour ce qu’il vous rapporte ».

On n’est pas riche, on accepte à la fin. Et voilà le jeune boxeur parti pour la gloire.

Quatre ans après. Avenue de Wagram, à Paris. Un appartement de 2.000 francs; une automobile dans la remise; le locataire est un grand jeune homme élégantissime, dont la boutonnière est souvent ornée d’une orchidée. Il habite là avec sa sœur, le plus bourgeoisement du monde, et gagne 200.000 francs par an. Il se mariera au premier jour comme un simple et bon jeune homme. Telle est l’histoire du petit galibot de Lens, devenu l’illustre boxeur Georges Carpentier.

D…, le malin maître qui le premier devina ce prodige, se frotte les mains chaque fois que son élève empoche, car il perçoit amicalement 25 % sur le brut. Petits galibots, petits galibots, vos destins peuvent devenir très beaux. Il suffit d’encaisser.

 « Le Cri de Paris. »  Paris, 1913.

 

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5 réflexions au sujet de « Histoire extraordinaire d’un petit galibot »

    CuriousCat a dit:
    janvier 28, 2017 à 11:06

    Merci Gavroche pour cette belle histoire qui ouvre des perspectives. 🙂
    Pas sûr, toutefois, qu’encaisser longtemps suffise.
    Tout le monde ne dispose effectivement pas d’une bonne étoile. 🙂
    Très bon week-end.
    Cat
    PS : vous passerez bien prendre une petite tranche pour mon anniversaire de blog ? 😉

    Aimé par 1 personne

    karouge a dit:
    janvier 28, 2017 à 11:20

    excellent ! (je suis tellement sonné que je galibotte en touche!)

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    Éric G. Delfosse a dit:
    janvier 28, 2017 à 12:58

    25%, bigre ! Je change de métier, je deviens imprésario !

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    francefougere a dit:
    janvier 28, 2017 à 2:05

    Belle histoire et belle rencontre ! amitiés, Gavroche – bon week-end 🙂

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    jmcideas a dit:
    janvier 28, 2017 à 9:48

    La preuve que le ‘baston’, dès le plus jeune âge, peut rapporter gros
    Dans toute chose , il faut commencer jeune, puis un mécène vous prends sous son aile…et c’est à ce moment que les ‘sou-sou’ tombent dans l’écuelle!

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