L’Américain et l’aéroplane

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leon-delagrange

A propos de l’ouverture du Salon de l’Aéronautique, Sargines des Annales nous conte l’amusante anecdote que voici :

L’aviation ne nous avait pas encore donné sa note comique. Cette lacune vient d’être comblée, grâce aux excentricités d’un certain Américain qui se rendit, dernièrement, à l’aérodrome de Juvisy pour acheter un aéroplane à Léon Delagrange. Voici le dialogue qui s’engagea entre l’aviateur et l’amateur yankee :

Votre aéroplane est il à vendre ?
— Mais parfaitement.
— Bien, faites-le sortir.

Le biplan est roulé hors du hangar. Le client en fait le tour, le considère, se fait expliquer le fonctionnement de l’appareil, puis questionne :

Combien ?
— Douze mille francs, répond Delagrange.
— J’achète, réplique l’Américain, qui tire son portefeuille et prend douze billets de mille francs qu’il remet à Delagrange. Puis, aussitôt, il s’informe :

C’est exact ?
— Oui.
— L’aéroplane est à moi ?
— Parfaitement.
— Eh bien ! continue l’acheteur en s’installant sur le siège, faites marcher la manivelle; je pars !

Ahurissement et hilarité des spectateurs. Dalagrange explique à son client qu’il doit apprendre à conduire l’aéroplane avant de s’en servir. Le Yankee écoute les explications de l’aviateur, puis répond tranquillement :

J’ai payé ?
— Mais oui.
— L’aéroplane est à moi ?
— C’est entendu.
— Alors faites marcher la manivelle.

Tous les spectateurs cherchent à faire revenir le téméraire acheteur sur sa décision. Peine perdue. A toutes les raisons qu’on lui donne, l’enragé apprenti aviateur répond simplement :

J’ai payé. L’aéroplane est à moi ? Alors faites marcher la manivelle.

Le temps passe; l’Américain, rivé sur le siège de l’Aéroplane, ordonne toujours de mettre le moteur en marche. Enervé, Delagrange finit par tourner la manivelle, comme l’exigeait son client. Le moteur ronfle, l’aéroplane se met en mouvement, court sur l’herbe pendant quelques mètres, puis s’élève pour retomber aussitôt. Ou retire le malheureux Yankee assez contusionné, mais il ne se plaint pas. Il parait au contraire enchanté, et considérant l’appareil passablement démoli, il se contente de dire :

Il faudra le faire réparer. Je recommencerai.

« L‘Impartial. » Djidjelli, 1912. 

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4 réflexions au sujet de « L’Américain et l’aéroplane »

    Gilles Labruyère a dit:
    février 14, 2017 à 8:56

    J’ai une histoire semblable, plus récente, d’un chauffeur qui s’est engagé dans un escalier étroit avec une Golf. Son navigateur lui avait dit de passer par là. Il a demandé à un cafetier de pousser ses tables et ses chaises de la chaussée, ce que le cafetier a fait après force mises en gardes et hochement de la tête, de droite à gauche. Il a fallu sortir le gars par le coffre et la voiture au marteau-piqueur. Cela se passait à Pont en Royan.

    Aimé par 4 people

    marie a dit:
    février 14, 2017 à 9:30

    Bonsoir, j’ai bien aimé cette histoire et….. je ne plains pas l’américain, je trouve cette histoire amusante. bonne soirée MTH

    J'aime

    Éric G. Delfosse a dit:
    février 14, 2017 à 9:43

    Sacré Donald !

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