Concurrence déloyale

moules-frites

L’art ne nourrit pas toujours son homme, il faut parfois que le commerce y aide un peu. C’est sans doute l’avis d’un brave marchand de tableaux de la place du Tertre.

Désirant profiter de l’affluence du peuple amené par la fête de Montmartre, le marchand de toiles avait eu l’idée de s’installer sur le trottoir et de vendre des sacs de frites.

Peinture à l’huile.

Frites à l’huile. Cornet, 1 franc.

Les deux annonces superposées se regardaient en chiens de faïence, mais les clients n’en avaient cure qui faisaient queue, en proie à une douce attirance. Or, chose curieuse, (trois fois hélas, pauvres rapins !), ce furent les pommes qui se vendirent, mais les navets restèrent pour compte.

En vérité, ne trouvez-vous pas qu’il y a des légumes pires que les gens et dont
les procédés ne devraient pas être tolérés par la nature, fût-elle morte ?

« Comoedia. »Paris, 31 juillet 1922.
Illustration : photo truquée (un chouïa).

 

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2 réflexions sur “Concurrence déloyale

  1. J’adore la reconversion
    -Ne pas insister à peindre à l’huile des ‘oeuvres mortes’ –
    (A la pastelle c’est plus bio)

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  2. En voilà un qui avait tout compris du fait d’avoir deux métiers.
    Il n’avait pas pensé à une chose : les gens qui viennent manger se moquent de l’art à ce moment précis.
    De plus, peu de gens ont dû penser que le marchand de frites et le marchand d’art tenaient la même et n’étaient qu’un seul et même homme.

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