Ces pelés, ces galeux

Publié le

gromaire

Demandez à quiconque de ces gens distingués qui se piquent de représenter le bon sens, ce qu’ils pensent de la vie chère, ils vous répondront avec un ensemble touchant : « C’est la faute aux ouvriers! »

Interrogez-les sur la rareté de la volaille, sur le bolchevisme, sur les grèves, sur n’importe quel sujet dont ils parlent d’autant mieux qu’ils s’y connaissent moins, le refrain ne varie pas : « C’est la faute aux ouvriers ! » La formule est commode. Elle décharge d’un bloc sur le dos de ces pelés, ces galeux, tout le fardeau des erreurs, des fautes, des difficultés de l’heure.

Un bonhomme me contait ce matin : « Vous verrez, la grève finie, ce que la vie va coûter ! Ils veulent gagner cinq cents francs par jour ! »

Ce bonhomme exagérait, mais il ne faisait guère qu’amplifier légèrement l’opinion de beaucoup, absolument convaincus que les grèves sont la cause du renchérissement constant de toute denrée, comestible ou vestimentaire. Que nous payions plus cher, chaque fois qu’un travailleur ou une travailleuse exige de manger à sa faim, de s’habiller décemment, c’est un fait peut-être, mais le malheur, quand on raconte cette histoire, c’est de la commencer à l’envers. Au lieu de rendre responsables le vendeur ou la vendeuse, il serait plus juste d’incriminer le gros commerçant qui, sous aucun prétexte, n’accepte de diminuer ses énormes bénéfices.

Au lieu de crier après la receveuse, il serait davantage raisonnable de calculer les revenus des actionnaires. Au lieu de crier que le coltineur, faisant grève, nous empêche de sucrer notre café, il serait équitable de dénoncer la rapacité du raffineur, qui entasse, an par an, plusieurs millions.

Mais cela demande cinq minutes de réflexions sincères. Un tel effort n’est pas à la portée de tout le monde, probablement !

Fanny Clar. « Le Populaire. » Limoges-Paris, 9 juin 1919.
Illustration : peinture de Gromaire.

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5 réflexions au sujet de « Ces pelés, ces galeux »

    Aphadolie a dit:
    mars 31, 2017 à 1:29

    Exactement Gavroche, la réflexion n’est pas à la portée de tous. Le plus grand nombre est dans l’émotionnel.

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    francefougere a dit:
    mars 31, 2017 à 4:21

    Eh oui, les propriétaires d’hypermarchés ont acquis de vraies fortunes …

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    juliette a dit:
    mars 31, 2017 à 8:10

    A bas le capitalisme !!!

    Aimé par 1 personne

    Trigwen a dit:
    avril 1, 2017 à 2:45

    Il est si facile de rejeter les problèmes su les moins puissants sans avoir à se poser les vraies questions. Combien de fois ai-je entendu autour de moi des gens de la classe moyenne dire tout haut : »Si le pays va mal, si la vie est si chère c’est de la faute aux communistes, de la faute aux cégétistes et aux gauchistes. Si le pays est si mal gouverné, c’est de la faute aux francs-maçons qui influences les politiciens. »
    Il faut bien que ces braves gens aient des boucs émissaires car ça demandent moins d’efforts de réflexion.

    Aimé par 2 people

    Un petit blog avisé?? a dit:
    avril 3, 2017 à 5:21

    J’adore la dernière phrase ! 😉

    Moi je dis haut et fort : « Ah ! comme c’était bon le temps de l’esclavage! » …
    Hein ! quoi ? ce n’est pas politiquement correct ? ! Je suis étonnée 😛

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