Vies multiples

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Un beau jour, le colonel Raymond Robins (riche Américain, ami intime de l’ancien président des Etats-Unis Hoover) sortait de son club de New-York et se rendait à la gare pour prendre le train de Washington. Mais c’est en vain qu’on l’attendit à la Maison Blanche. Où était passé le colonel Robins ?

Toute la police américaine avait été alertée. Mais ce n’est que deux mois après qu’on le découvrait dans un camp de prospecteurs d’or, en Amérique du Nord. Pauvrement vêtu, avec une grande barbe, il déclara que son nom était Rogers. Il ne reconnut pas sa femme, et son amnésie ne céda qu’à un long traitement au sanatorium. Cependant, il a été impossible de reconstituer ce qu’il avait fait en sortant du club.

On connaît des cas où des amnésiques contractaient des mariages, s’installaient dans une vie nouvelle, et puis, un beau jour, à la faveur d’un accident imprévu, leur « moi » ancien s’éveillait et avec étonnement ils se voyaient dans un milieu et parmi des gens inconnus.

Le record dans ce domaine a été battu par un fonctionnaire allemand, Paul Tremmel, bourgmestre du petit bourg d’Usdom. Epoux et père de famille exemplaire, il disparut brusquement en 1911 pour être retrouvé à Paris. Il récupéra la mémoire d’une façon aussi imprévue qu’il l’avait perdue. L’administration introduisit contre lui une plainte pour infraction à la discipline, et seule l’expertise psychiatrique établit son innocence.

Hélas ! le 28 mars 1913, le malheureux Tremmel récidivait. Sorti d’une séance du conseil municipal, il disparaissait. Cette fois on le retrouva en Afrique, dans la légion étrangère. De nouveau, les psychiatres étudièrent son cas à l’hôpital militaire. Il fut rapatrié et placé sous une surveillance étroite. Chaque fois on constatait un abîme entre ses deux « moi ». Jekyll  ignorait ce qu’avait fait Hyde.

Deux âmes dans un corps ? Comment expliquer l’énigme de ce double fonctionnement psychique ? Plusieurs théories scientifiques cherchent à en trouver les raisons. Ce n’est pas l’endroit ici de les exposer, disons seulement que, dans l’ensemble, elles se réduisent à l’hypothèse que l’individu n’est pas un, mais se compose d’un complexe d’individualités superposées. L’état normal comporte l’équilibre de ces composantes. Puis, un choc : une dissociation pathologique produit une sorte de désagrégation de la personnalité. Un des « doubles » prend le dessus en refoulant les autres. Puis, un autre choc, et l’équilibre se rétablit.

Il arrive que les « doubles » coexistent. Tel, le cas extraordinaire de Miss Grey, qui, professeur d’un lycée de Chicago, était simultanément chef d’une bande de cambrioleurs. Les interrogatoires établirent que le professeur ignorait l’activité du bandit. Bien entendu, sa bonne foi fut suspectée. Les savants luttaient avec acharnement : s’agissait-il d’une simulation ou d’un dédoublement inconscient ?

C’est la question que les sceptiques soulèvent également à propos des cas d’amnésie.

A. Desmorillon. « Le Monde illustré. » Paris, 1936.

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