Mes amis…

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alfred-de-musset

Lisons cette jolie page d’Arsène Houssaye qui est très peu connue et qui met en scène l’auteur de Rolla.

Un matin, je me rencontrai chez Alfred de Musset, déjà bien malade, avec l’odieux Viel-Castel. Le poète nous dit que son plus grand regret avant de mourir était de ne pas revoir ses amis, Raphaël, Giorgione et Léonard de Vinci. Il nous était bien difficile de lui amener ces amis-là.

Vous devriez bien, lui dis-je, venir les voir aux flambeaux, car Nieuwerkerke vous invitera, si vous le voulez, à une de ces fêtes éblouissantes qu’il donne, la nuit, aux souverains de passage à Paris.
— Ce serait mon rêve, dit de Musset en s’animant, mais je voudrais être seul.
— Rien que cela ! C’est à peu près comme si je demandais au directeur de l’Opéra de me donner une représentation à moi tout seul.
— Pourquoi non ! reprit de Musset.

Le lendemain, Nieuwerkerke envoya une très gracieuse invitation à Alfred de Musset pour visiter le Louvre aux flambeaux. Ce ne fut pas tout il vint le prendre chez lui. Quand le poète fut arrivé au Louvre :

Mon cher de Musset, lui dit-il, si vous voulez être seul à côté des maîtres que vous aimez, j’irai vous attendre dans mon cabinet avec Houssaye.
— Eh bien, oui, dit Alfred de Musset en serrant les mains de Nieuwerkerke.

Que se passa-t-il dans cette dernière effusion du poète vers les grands maîtres ? Je n’ai jamais pensé sans être ému à cet éloquent adieu aux chefs-d’œuvre du musée du Louvre par un homme qui allait ne plus rien voir. Alfred de Musset dit une dernière parole à la Joconde et à la Fornarina après quoi, pâle et les yeux humides, il s’en vint remercier Nieuwerkerke de son exquise bonté.

C’était la première fois qu’on traitait ainsi un poète en souverain. 

« La Revue hebdomadaire. » Paris, 1905.
Illustration : aquarelle d’Eugène Lami.

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4 réflexions au sujet de « Mes amis… »

    jmcideas a dit:
    avril 2, 2017 à 2:19

    En souverain, tu en es un Gavroche

    Par ton abondance de posts, lesquels, il m’est devenu impossible de tous les suivre

    Tes books ont surement l’allure d’une montagne

    > les ‘j’aime’ s’amenuisent par un excès à te suivre

    « trop peu est trop par davantage de trop, en sujets de bistrots »

    Merci, de me comprendre en ce comment

    Aimé par 1 personne

      francefougere a dit:
      avril 2, 2017 à 6:24

      Coucou jmcideas ! Jean Cocteau affirme :
       » Trop est juste assez pour moi « .
      Je me réjouis des anecdotes toujours si brillamment relatées de cette page passionnante
      Amicalement – france 🙂

      Aimé par 1 personne

    francefougere a dit:
    avril 2, 2017 à 6:22

    Magnifique anecdote – merci Gavroche – bonne soirée de dimanche – et ensuite …

    Aimé par 1 personne

    ermite-athee a dit:
    avril 3, 2017 à 12:00

    Toujours un plaisir de te lire
    Merci
    F.

    Aimé par 1 personne

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