Le chapeau de Villain

raoul-villain

Après le court interrogatoire de forme que lui avait fait subir M. le Président Bondoux, Raoul Villain, l’assassin de M. Jaurès, retourna, en fiacre, du Palais à la Prison de la Santé.

Durant tout le trajet, il se montra maussade. L’interrogatoire l’avait-il fâcheusement impressionné ? Son énergie morale ou ses forces physiques avaient-elles subi une défaillance inquiétante ? Non. Dans ce premier contact avec M. le président Bondoux, l’assassin avait bien pris l’attitude modeste, mais énergique qu’il avait jugée convenable.

Son trouble provenait d’une autre cause infiniment vulgaire : il avait perdu son chapeau. Et il lui fallait rentrer nu-tête à la prison de la Santé, tandis qu’il tenait, sur son bras gauche, son pardessus correctement plié ! Jamais héros cornélien n’eût à subir une mésaventure si piteusement bourgeoise.

Pourvu qu’il n’ait pas, pour comble d’infortune, contracté un ridicule rhume de cerveau !

« Le Cri de Paris. » Paris, 1915.

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10 réflexions sur “Le chapeau de Villain

    1. au début du XXème siècle, et un peu avant, quand on regarde les premiers films tournés à l’époque, et ce jusqu’après la seconde guerre mondiale, le port du chapeau était courant (et le foulard chez les femmes). D’ailleurs, quand la peine de mort existait encore, non seulement on découpait les cols de chemise des condamnés, mais une fois tranchée la tête un organisme (un genre de cabinet noir) récupérait en douce le chapeau -ou la casquette, nommée déff en argot parisien-, et allait la revendre aux puces de saint Ouen. Heureusement nous avons changé de siècle : il était temps ! mais néanmoins, un bon chapeau sur la tête évitera toujours de se mouiller le crâne

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      1. PS: je blague, côté cabinet noir et saint Ouen. Mon oncle était un parigot pur souche, et côté deff, je l’entends encore me raconter les fortifs, avec sa deff sur la tête. Pardon pour ce rajoût, Gavroche !

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  1. Raoul Villain a été acquitté lors de son procès en 1919 dans un contexte de ferveur nationaliste. Bien que sa culpabilité ne fasse aucun doute.
    Ses propres paroles lors du procès : « j’ai abattu le porte-drapeau, le grand traître de l’époque de la loi de trois ans, la grande gueule qui couvrait tous les appels de l’Alsace-Lorraine. Je l’ai puni, et c’était le symbole de l’ère nouvelle, et pour les Français et pour l’Étranger »

    Alors moi, je me pose une question : savait-il par avance ( ce qui ne serait guère surprenant,vu le contexte politique de l’époque) qu’il ne serait pas condamné à passer sous la guillotine, et conserverait sa tête encore de nombreuses années ? Pour porter un chapeau, il faut une tête : sinon c’est moins facile !

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