Le chercheur du quai des Lunettes

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Voici un fait curieux et facile à vérifier. Qu’on aille au pont Neuf, qu’on prenne le quai de l’Horloge, et sur la partie de la Seine qui se trouve au bout de la rue de Harlay, on verra un vieux bac monté par un vieux homme.

L’homme est couvert d’une vareuse bleuâtre, il est coiffé d’un ex-chapeau, forme tromblon. Voici ce qu’il fait là : muni d’une grande pelle, il excave le lit de la rivière et amoncelle le sable dans son grand bac. Lorsqu’il en a ainsi embarqué une certaine quantité, il change d’opération. Il prend des tamis aux mailles plus ou moins serrées, et les fait traverser par le sable qu’il sépare ainsi des cailloux, tessons ou autres gros objets. Après quoi il prend une écuelle, l’emplit de sable, et, penché sur le plat-bord, il fait subir à ce sable un lavage très soigneux, très long, et qu’il pratique avec une tendresse amusante à voir.

Mais, demanderez-vous, que cherche là cet homme,qui semble si bien exercé dans cette profession ? de vieux clous ? ah bien oui, des clous ! Attendez-vous à toute autre chose, à tout même ! Ce que cherche, et, qui plus est, ce que trouve là cet homme, en lavant si soigneusement le sable de la Seine, c’est (nous parlons très sérieusement), c’est… de l’or !

Oui, de l’or, là, dans cette fange, sous cette eau, à l’ombre du pont véritablement neuf, de l’or péché en plein Paris !… Et il y a vingt ans que ce bonhomme fait ce métier-là, et, de son aveu (nous avons causé avec lui, notez-le bien), il gagne à cela 6 à 7 francs par jour ! C’est un fait, et chacun peut l’aller vérifier au « quai des Lunettes ». D’où vient cet or ? Sont-ce des parcelles du soleil entraînées des coteaux où il dore les vignobles bourguignons ? Nous ne cherchons pas à expliquer, nous constatons C’est à la géologie de se tirer d’affaire ! Nous ajouterons seulement, pour qu’on sache bien que l’or, par nos latitudes, n’est pas une chimère, que, l’année dernière, le lavage de l’or dans le lit du Rhin a produit 7 à 8,000 francs à quelques petits industriels, et que c’est depuis 1814 le résultat le plus faible. L’année 1851, qui fut la plus fructueuse, rapporta près de 40,000 francs.

Vous voyez bien que l’homme au bac de la Seine n’y pêche point de canards !

« Le Monde illustré. » Paris, 9 mai 1857.

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Une réflexion sur “Le chercheur du quai des Lunettes

  1. On pourrait penser trouver au quai des Lunettes, autre chose que de l’or
    Celui d’y rencontrer une communauté de mal voyants
    Ou même d’y trouver une paire correcte à ses yeux
    -à moins que ce ne soit l’absolue nécessité d’y trouver un endroit où se soulager-
    😀

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