L’empereur Dom Pedro

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M. R.-K. Beer raconte dans le Sun de Baltimore une anecdote qui jette une curieuse lumière sur la physionomie à tous égards si intéressante et si sympathique de l’empereur Dom Pedro.

Le souverain le plus philanthrope qui ait jamais tenu un sceptre voulait bâtir dans sa capitale un hôpital modèle. Malheureusement les ressources dont il pouvait disposer ne répondaient pas à ses bonnes intentions. Les maigres revenus de la cassette impériale étaient absorbés d’avance, le budget de l’Etat, le budget de la province, le budget municipal étaient en déficit, et tant d’emprunts avaient été contractés pour des gaspillages de toutes sortes qu’il ne fallait pas songer à demander aux assemblées grandes et petites de l’argent pour une entreprise utile.

L’Empereur fit appel à la charité des riches Brésiliens : une souscription fut  ouverte, pas un milreis ne fut apporté au trésorier de l’oeuvre.

Pour réparer cet échec, Dom Pedro prit un parti héroïque. Il se mit à vendre des décorations. Aussitôt des demandes affluèrent de toutes parts. Une pluie de Croix-du-Sud, de Croix-de-la-Rose, de Croix-du-Christ, de Saint-Benoît-d’Avis et de Saint-Théodoric s’abattit sur les boutonnières des planteurs, des financiers et des industriels assez riches pour donner à prix d’argent carrière à une passion également répandue dans l’ancien et le nouveau monde.

Quelques décamètres de rubans de toutes les couleurs auraient probablement suffi pour payer la construction de l’hôpital, mais ce n’était pas assez d’assurer le présent, il fallait songer à l’avenir de l’entreprise. L’Empereur donna de l’extension à son commerce : tout Brésilien millionnaire dont les antécédents n’étaient entachés d’aucun souvenir rédhibitoire put devenir, à son gré, comte, vicomte ou baron, suivant la quotité de l’offrande qu’il jugeait à propos d’inscrire sur la liste de souscription.

Ce n’était pas de la noblesse d’épée ou de robe, c’était de la noblesse d’hôpital. La nouvelle féodalité créée de toutes pièces par Dom Pedro ne se distinguait de l’ancienne que par une seule restriction : les héritiers des titres acquis à beaux deniers comptants ne devaient avoir dans la suite le droit de les porter qu’à la condition de verser au profit de l’oeuvre une somme égale au prix d’achat consigné dans l’acte d’investiture.

Grâce à ces combinaisons ingénieuses qui assuraient à la fois le présent et l’avenir de l’oeuvre, il fut possible à l’Empereur de construire, non pas un hôpital, mais un véritable palais pour les pauvres et les malades de sa capitale.

La Révolution n’a pas encore eu le temps d’effacer l’inscription que le souverain a fait graver sur le fronton de l’édifice : 

VANITAS HUMANA — MISERIE HUMANE 

Cette anecdote fait peut-être plus d’honneur à la générosité du philanthrope qu’à la sagesse de l’homme d’Etat.

G. Labadie-Lagrave. « Journal du dimanche. » Paris, 1896.

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6 réflexions au sujet de « L’empereur Dom Pedro »

    Trigwen a dit:
    avril 14, 2017 à 11:21

    Un philanthrope qui a su aller jusqu’au bout de son idée. Si les donateurs ont fait preuve de vanité et d’orgueil, l’empereur, en bon humaniste a su jouer sur cette corde sensible de nombreux êtres humains. Des hommes qui, aveuglés par leur prétention, ne se sont pas aperçus qu’ils étaient ridicules tandis que l’empereur se révélait un homme de coeur et d’honneur.

    Aimé par 1 personne

    francefougere a dit:
    avril 14, 2017 à 6:08

    Une belle histoire – il fallait beaucoup d’ingéniosité pour imaginer cela – bravo à lui 🙂 et Belles Fêtes de Pâques – amitiés – france

    Aimé par 1 personne

    karouge a dit:
    avril 14, 2017 à 9:30

    Je ping-ouine votre article sur un autre site, j’espère que vous m’y autorisez (sinon, je le retirerai
    site alternatives pyrénées). Merci de mettre un bicorne et un tambourin en cas de refus…Eventuellement une escopette. Mais attendez l’aube pour tirer sur le lièvre que je suis !

    Aimé par 2 people

    ermite-athee a dit:
    mai 6, 2017 à 4:04

    J’abonde dans le sens du commentaire de Yann ! L’empereur a  » exploité  » la vanité pour faire œuvre de charité , c’est tout à son honneur .
    F.

    Aimé par 1 personne

    Maître Renard a dit:
    mai 14, 2017 à 8:34

    A reblogué ceci sur Maître Renard.

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