Gioachino, mon petit lapin

rossini-nadar

L’autre soir, raconte M. S. P. d’Ivoi, dans sa chronique, chez le maître des maîtres, Rossini, on faisait de la musique. On venait de chanter deux nouvelles mélodies de l’auteur de Guillaume Tell.

L’auditoire était enthousiasmé. Gioachino Rossini, tout habitué qu’il y est, était embarrassé des applaudissements qui éclataient de toutes parts. En ce moment, une dame, plus enthousiaste que les autres, s’approcha du maestro, et, lui prenant les mains, elle s’écrie :

— Ah ! mon Dieu, maestro ! vous avez tant de génie que je ne sais de quel nom vous nommer pour vous témoigner mon admiration.
— En effet, répond le maître avec un sourire, je comprends votre embarras.
— Vous appeler illustrissime maestro, c’est bien vulgaire, bien connu.
— Je le crois bien. Moi-même, écrivant à ma mère, je lui adressais mes lettres : A la signora Rossini, mère de l’illustrissimo maestro, reprit le maître en riant.
— Vous appellerai-je grand homme ?
— Peuh!
— Vous appellerai-je héros ?
— Oh ! oh !
— Vous appellerai-je dieu ?
— Tenez, madame, répondit Rossini avec une adorable bonhomie, appelez-moi tout simplement : 
monpetit lapin.

Tout le monde partit d’un éclat de rire, et la belle enthousiaste, un peu déconcertée d’abord, ne tarda pas à partager l’hilarité générale.

Robin. « La Féérie illustrée. » Paris, 1859.

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