Les mains propres

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Entre les mille intrigues de Goya, en voici une dont le dénouement  est pour le moins bizarre. Ici l’artiste cède, chose nouvelle, à un beau mouvement de conscience. Pourquoi pas ? Nous savons bien déjà que dans la vie il ne brillait pas absolument par la logique.

Une grande dame, qui avait longtemps aimé l’artiste jusqu’à l’idolâtrie, mourut jeune en laissant dix fortunes de nabab. Voulant, jusque dans la mort, prouver son amour à l’inconstant Francisco Goya, cette noble dame lui avait légué une somme fabuleuse.

Goya se présente à l’ouverture du testament, comme un homme disposé à faire valoir ses droits, paraissant contenir à peine sa joie de ne se point apercevoir du dépit et de la colère des héritiers. Mais rien n’échappe à son oeil oblique et scrutateur. Il se complaît à cette scène d’un haut comique, et, quand vient enfin l’heure du partage, il s’avance au milieu des légataires, et se campant de cet air de fierté castillane qui lui est familier, il leur fait cette dédaigneuse, superbe et cynique déclaration :

Caramba ! mes beaux seigneurs, le peintre Goya a bien voulu de votre parente, mais il ne veut pas de vos richesses. Gardez-les pour vous, elles saliraient mes mains.  

Et joignant l’action à la parole, il déchire, à la barbe des héritiers stupéfaits, le codicille qui l’enrichissait. 

La Gavinie / Laurent Mathéron . « La Lumière. » Paris, 1857.
Illustration : Francisco Goya par Vicente López y Portaña.

 

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