Ceux qui ne comprennent pas

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Un curieux bal déguisé vient d’être donné dans un immeuble près du Bois. Les maîtres de maison étaient deux Russes. Le champagne fut généreusement servi et coula à flots. L’originalité de ce bal était l’invitation qui portait cette phrase :

« Pas de chiqué, pas d’enquiquineurs, on vient tous habillés comme pour le boulot ».

Et c’était signé : « Le Comité du Syndicat ouvrier des Bâtiments achevés ».

Cette mascarade grotesque eut donc lieu. On y put voir l’honorable Mrs Fellowes en femme des fortifs, Mme Vera Mazucchi en salopette, Mlle Ganderax et Mlle Arnaud en ramoneurs, Mme F. Hugo en ouvrier. Et d’autres.

Il y a, de par le monde, des millions de chômeurs qui ne mangent pas à leur faim. Faudra-t-il attendre le sursaut de colère trop légitime qui punira de telles inconvenances, pour que certains comprennent ? 

Si, à cette soirée, les mondains donnèrent libre cours à leur niaiserie, ils reçurent du moins une très bonne leçon. Parmi les invités figuraient plusieurs acteurs et actrices. Ceux-ci, tous, d’un commun accord, refusèrent de se déguiser en travailleurs et vinrent en tenue de soirée.

Mme Madeleine Renaud, Mmes Nadine et Gisèle Picard étaient de ces gens de théâtre qui eurent ce geste : on ne peut que les louer de leur tact et de leur cœur.

« Sept : l’hebdomadaire du temps présent. » Paris, 1934.
Illustration : Henri Gray.

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4 réflexions au sujet de « Ceux qui ne comprennent pas »

    francefougere a dit:
    mai 12, 2017 à 6:33

    Comme c’est agréable de se plonger grâce à Gavroche dans les petites histoires . 🙂 amicalement – france

    J'aime

    carnetsparesseux a dit:
    mai 12, 2017 à 7:06

    On colporte que les députés, invités à venir costumés en travailleurs, sont venu en habits de gala ; non pas par solidarité comme les gens de théâtre, mais parce qu’ils ne connaissent pas de travailleurs à qui ils auraient pu emprunter un costume.

    Aimé par 1 personne

    jmcideas a dit:
    mai 16, 2017 à 12:43

    A comprendre, de cette façon, les bals musette, donnés au ‘Plessis-Robinson’ -près de chez moi
    On y dansait parfois, ‘en bleu de travail’ après le boulot.
    Un béret et un foulard, ajoutaient un peu à l’apparat
    > Simple mais efficace !
    [réf: Les guinguettes de Robinson]

    Aimé par 1 personne

    Trigwen a dit:
    mai 18, 2017 à 7:11

    Malheureusement il y a fort à penser que ces mondains n’aient pas compris le geste des artistes : des mondains trop égocentriques et trop tournés vers leur petite personnes.

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