Voyage dans la lune

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Donc, c’est décidé, le professeur Robert Goddart, de l’Université de Worcester, va envoyer un obus dans la lune. Les résultats de cette entreprise hardie promettent d’être surprenants. Nous allons entrer en communication avec les habitants de la planète la plus voisine de la terre, et nul doute que ce soit à notre grand avantage, comme à celui de nos correspondants.

Ces braves gens, si nous en jugeons par tout ce qu’on nous a raconté à leur sujet, doivent être dans un état de civilisation tout à fait primitif et ils seront bien contents de recevoir nos enseignements. D’autant plus que le professeur Robert Goddart, de l’Université de Worcester, a l’intention de mettre dans son obus un certain nombre d’échantillons propres à donner aux gens de la lune la plus haute idée de notre avancement intellectuel et moral. A savoir : deux mitrailleuses, une dizaine de fusils, avec toutes les munitions nécessaires. Douze kilos de gaz asphyxiants. Un modèle réduit d’une guillotine, et d’un appareil à électrocuter, un collier de perles. Deux mercantis. Une demi-douzaine de bureaucrates. Un demi-litre d’eau-de-vie. Un exemplaire sur papier japon du traité de Versailles, avec la manière de s’en servir. Il n’y a aucun doute que la lune, au reçu de cet envoi, demande à cor et à cri à faire partie, dans le plus bref délai possible, de la Société des Nations.

La seule difficulté sera d’attacher le grelot, c’est-à-dire d’établir ces communications régulières entre la terre et la lune. Il faut espérer que ce ne sera qu’un jeu. Déjà des signes précurseurs nous indiquent le vif désir que la lune a de correspondre aux bonnes intentions de la terre. Un astronome de Calcutta aurait découvert, dit-on, il y a un mois ou deux, des signes nettement visibles sur la surface de la lune, et qui ne pouvaient s’adresser qu’à nous.

Il a pu déchiffrer trois ou quatre mots, écrits, dans une langue qui paraît se rapprocher de l’ancien araméen, et qui, traduits en français, semblent indiquer de façon précise les sentiments amicaux de la lune à l’égard de la terré, en même temps que l’idée générale qu’elle se fait de nous. Ces caractères, traduits le plus exactement possible, sont une sorte d’appel cordial de la lune à la terre, et l’interprétation la plus plausible en serait à peu près ces mots :

« Bien le bonjour, la grosse Bertha ! » 

Grabriel de Lautrec. « Le Journal amusant. » Paris, 1921.
Illustration : Le voyage dans la Lune © Georges Méliès

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6 réflexions sur “Voyage dans la lune

  1. Je n’aime pas
    j’adore cet article -et l’ image-
    Si utile à savoir ce qu’il nous est possible d’envoyer aux habitants lunaires et autres….
    > La grosse Bertha ?

    En tout cas, pas le modèle de notre planète Terre -(les courants, même philosophiques, ne sont pas a reproduire)
    Proposition d’envoi ‘Un coucher de soleil à Maubeuge’
    😀

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