Pissarro, la loterie et le saint-honoré

Publié le Mis à jour le

pissaro

C’était en 1878. Camille Pissarro écrivait à Eugène Murer : « Je traverse une crise affreuse, et je ne vois pas le moyen d’en sortir. »

On n’ignore pas la curieuse personnalité de Murer. De son vrai nom Meunier, il avait écrit des romans avant de s’intéresser à la peinture, mais il exerçait surtout, en ce temps-là, une profession plus nourricière, celle de pâtissier-cuisinier. Sa boutique, boulevard Voltaire, était le rendez-vous des impressionnistes. Meunier-Murer s’avisa de venir en aide à Pissarro en organisant une petite loterie dont il placerait les billets dans sa clientèle. Les lots seraient les toiles de son ami. Cent billets à un franc. Quatre peintures. Pissarro en offrit six!

Or, l’un des lots échut à une petite bonne. Elle accourut. Meunier-Murer lui montra la toile, humblement accrochée dans la boutique, parmi le faste des tartes ourlées de fruits, des saint-honorés farcis de crème. La petite bonne regarda, béante de déception, ses yeux mornes allant des succulentes gourmandises à la vilaine petite chose peinte. Comme elle regrettait ses vingt sous !

Si ça vous était égal, monsieur Meunier, finit-elle par dire, je préférerais un saint-honoré.

Elle eut le saint-honoré. Elle l’emporta, ravie. Et Murer, plus ravi encore, garda le Pissarro.

« Le Bulletin de la vie artistique. » Paris, 1921.

Publicités

8 réflexions au sujet de « Pissarro, la loterie et le saint-honoré »

    suzanne35blog a dit:
    mai 20, 2017 à 1:14

    j’aurais pris le tableau ET le gâteau….

    Aimé par 4 people

    marie a dit:
    mai 20, 2017 à 5:35

    moi, comme je suis nulle en peinture, j’aurais bien sûr pris le gâteau. Bonne soirée MTH

    Aimé par 2 people

    fanfan la rêveuse a dit:
    mai 21, 2017 à 9:38

    Il parait que les femmes sont vénales, voici la preuve que ceci n’est pas une généralité…. 🙂

    Aimé par 1 personne

    jmcideas a dit:
    mai 22, 2017 à 10:05

    Entr’amis Anglais, autour d’un verre ce WE:

    L’un d’eux déclare: La France a quelque chose de délicieux ‘ses pâtisseries’
    Il faut dire que l’anglais magouille aussi dans ses oeuvres d’art

    Puis soudainement, il s’en alla prendre au comptoir nombres de tickets de loterie
    > Nul doute que rien ne lui a donné satisfaction !
    😀

    J'aime

    Trigwen a dit:
    mai 25, 2017 à 4:27

    Comment savoir que ce peintre allait acquérir une certaine renommée ?
    A cette époque, Pissaro ne parvenait pas à vivre vraiment de sa peinture. Si des connaisseurs en peinture ne prêtaient guère attention à lui, comment une simple employée de maison l’aurait-elle pu ?
    Il est évident que pour elle, la pâtisserie avait plus de valeur.
    Personnellement, j’aurais pris cette toile et acheté un bon Paris-Brest !

    J'aime

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s