Les lions de Rosa Bonheur

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Il y a des bêtes qu’on dit sauvages, et qui le sont moins, à coup sur, que bien des êtres humains. Connaissez-vous, à ce propos, l’histoire de la lionne de Rosa Bonheur ?

Un dompteur, chez lequel la célèbre peintre allait prendre souvent des croquis pour ses tableaux, lui avait offert un couple de lionceaux, le lion et la lionne. L’artiste accepta ce cadeau doublement encombrant. Elle avait, à By, près de Fontainebleau, une belle propriété bien close, dans laquelle les animaux pouvaient être élevés loin des regards.

Le lion, cependant, ne vécut que quelques mois : il mourut d’une maladie de la moelle épinière. Mais la lionne eut le temps de s’attacher à sa maîtresse. « Elle était tendre, fidèle comme un chien », disait l’artiste. Malheureusement, elle devint malade, de la même maladie que son frère. Rosa la soignait comme une personne humaine, allant la voir, la caresser, la consoler plusieurs fois dans la journée.

Un jour, Georges Cain se trouvait dans l’atelier de Rosa Bonheur, quand il la vit entrer, les yeux pleins de larmes. Il s’empressa, demanda la cause de ses pleurs.

Ma pauvre lionne va mourir, répondit Rosa dans un sanglot.

Quelques instants après, tous deux entendirent le bruit d’un pas feutré qui venait du vestibule. C’était la lionne mourante qui faisait un suprême effort pour voir sa maîtresse une dernière fois. Elle savait que Rosa était montée à l’atelier, elle entendait sa voix, et elle se traînait dans l’escalier pour la rejoindre. L’artiste descendit quelques marches. Elle prit la tête de la lionne dans ses bras, la caressa. La bête s’abandonnait, la regardait comme un être qui pense. Et elle mourut ainsi en la regardant.

« Je crois au bon Dieu et à son paradis pour les justes, disait la grande artiste, mais il y a quelque chose qui ne me plaît pas dans la religion : c’est qu’il y soit dit que les animaux n’ont pas d’âme. Ma lionne aimait, donc, elle avait une âme plus que certaines gens qui n’aiment pas ».

On conçoit d’où vient cette expression si profonde et presque humaine qui se lit dans le regard des bêtes que peignit Rosa Bonheur. L’artiste croyait à leur âme et elle la faisait rayonner dans leurs yeux.

« Le Monde illustré. » Paris, 1938.
Peinture de Klumpke Anna Elisabeth.

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3 réflexions sur “Les lions de Rosa Bonheur

  1. Une femme vraiment hors du commun. La façon dont elle traitait ces animaux dits sauvages prouvent que ces bêtes, pris très jeunes et aimées peuvent se révéler aimantes, attachante et fidèle.
    Je rejoins Rosa Bonheur lorsqu’elle dit « Ma lionne aimait, donc, elle avait une âme plus que certaines gens qui n’aiment pas. »
    La religion a décidé qu’il n’en était rien ? Qui donc a appris à ces messieurs du Vatican que les animaux n’ont pas d’âme ? Puisqu’ils sont croyants, ces messieurs qui disent que les hommes ont une âme parce créatures de Dieu, pourquoi les animaux qui sont aussi créatures de Dieu n’auraient-ils pas une âme ?
    Dans sa chanson « Baltique », Renaud chantait : »Ils ont considéré peut-être// Que c’est un amour pas très catholique/ Que celui d’un chien pour son maître/ Alors, ils m’ont privé de cantiques/ Un jour pourtant je le sais bien/ Dieu reconnaîtra les chiens.
    Et dire que ça se veut chrétien/ Et ça ne comprend même pas/ Que l’amour dans le cœur d’un chien
    C’est le plus grand amour qu’il soit.

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