Le tramway de Monsieur le Président

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tramway

M. le conseiller Thomas, qui préside la Cour d’assises de la Seine, habite 19 avenue Bosquet.C’est par le tramway Champ de Mars-Bastille que d’ordinaire, économiquement, il se rend au Palais.

Pour ce Cincinnatus de la magistrature, l’idéal de la vie luxueuse consiste à avoir une auto. Lorsqu’un accusé, coupable d’avoir dérobé à son patron d’importantes sommes d’argent, comparaît devant les jurés, M. Thomas se préoccupe immédiatement de la question de savoir si, au temps de sa splendeur éphémère, cet accusé n’avait pas une automobile. Il ne manqué jamais de « tiquer » sur ce détail-pierre de touche.

Au cours d’un récent interrogatoire, il disait à l’accusé : 

Vous avez dépensé 60.000 francs en six mois… Vous meniez une vie luxueuse… vous aviez une automobile ! Moi, je n’ai pas d’auto et je ne me sens pas dans la nécessité, pour obtenir l’estime de mon entourage, d’en avoir une.

Il y avait, dans l’expression de cette satisfaction de l’honorable président, quelque chose de hautainement méprisant à rencontre des malheureux réduits à avoir une auto tout à la fois pour ne pas voyager en tramway et pour obtenir l’estime de leur entourage.

C’était la revanche, depuis longtemps attendue, du tramway contre l’auto.

« Le Strapontin. » Paris, 1917.

 

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2 réflexions au sujet de « Le tramway de Monsieur le Président »

    karouge a dit:
    juin 3, 2017 à 9:53

    Gaudi et d’autres célébrités (j’ai un trou de mémoire) en ont perdu la vie, accidents fréquents à l’époque. Ici, dans ma campagne, les pompiers ont le droit de porter un pin pon très sonore dès qu’ils démarrent. Pour l’instant, aucune célébrité locale n’a été écrasée par inadvertance. Mais la population reste vigilante !

    Aimé par 1 personne

    Trigwen a dit:
    juin 3, 2017 à 11:53

    Voilà un juge qui savait ce qu’économiser les deniers de l’Etat signifiait. Ne pas prendre une automobile et voyager comme le vulcum pecus lui permettait de juger plus facilement certains malandrins.
    Il faut dire que 60 000 francs au début du siècle dernier, ce devait représenter une sacré fortune.
    Le voleur avait-il vraiment besoin de ça pour obtenir l’estime ds siens et de ses connaissances ?

    Aimé par 2 people

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