Azor et les saucisses

Publié le

barbet

Il remplissait l’office d’un domestique. Tout le quartier le connaissait et les fournisseurs étaient au fait de ses allures, car il se présentait chez eux avec un papier attaché à son collier, et sur lequel était inscrit ce qu’on devait lui remettre. Un jour il fut envoyé chez le charcutier, avec mission de rapporter six saucisses, qui furent soigneusement enveloppées dans un papier et qu’il prit dans la gueule.

L’animal s’en allait réfléchissant, car, ne l’oubliez pas, les chiens pensent, et le fumet appétissant des saucisses lui montait au nez, en éveillant son appétit. Il avait grande envie d’en manger une, une seule. Mais elles étaient comptées, et l’on se fût certainement aperçu du larcin. Et pourtant quelle tentation ! Comment faire ? N’y avait- t-il pas un moyen d’accorder le devoir avec la gourmandise, sans encourir la correction dont il avait si grand’peur ?

Une idée lumineuse vint au chien. Les saucisses étaient comptées, oui ! mais elles n’étaient pas mesurées sans doute. Toutes les saucisses n’ont pas la même longueur. Cette pensée fit construire tout un plan dans sa cervelle et il l’exécuta sur-le-champ, avec l’adresse d’un écolier en maraude.  Au lieu de suivre le chemin ordinaire dans lequel passait beaucoup de monde, il avisa une ruelle déserte, bordée de grands jardins, et il y entra. Une fois caché là, dans l’enfoncement d’une porte, il se livra aux délices du fruit défendu. Chaque saucisse fut délicatement mordillée aux deux bouts, puis il les replaça toutes tant bien que mal dans le papier et retourna triomphant chez son maître.

Le crime fut enfin découvert, mais le moyen de gronder l’animal après un pareil trait ? L’eussiez vous fait ? Je ne le crois pas. Quant à moi, je n’en aurais pas eu le courage.

E. Sanfourche »Les chiens, les chats et les oiseaux : traité d’hygiène. » Paris, 1866.

Publicités

14 réflexions au sujet de « Azor et les saucisses »

    malauxtruches a dit:
    juin 11, 2017 à 1:18

    il n’y a pas d’heure pour les saucisses 😉

    Aimé par 1 personne

    Trigwen a dit:
    juin 11, 2017 à 11:11

    Ma Doué benniget ! Un chien délinquant et finaud en plus … Que fait donc la fourrière ? Privé d’os à moelle à ronger pendant 15 jours !

    Aimé par 1 personne

      Gavroche a répondu:
      juin 11, 2017 à 11:42

      Monsieur est sans pitié aucune ! 😀

      Aimé par 1 personne

        Trigwen a dit:
        juin 11, 2017 à 12:00

        Allez ! Je lui accorde des circonstances atténuantes : le fumet des saucisses était trop important pour ne pas céder à la tentation.
        J’atténue donc ma sentence : une semaine sans os à moelle à ronger ni enterrer !

        Aimé par 2 people

    Trigwen a dit:
    juin 11, 2017 à 11:12

    Ou alors, on l’emprisonne entre deux saucisses chaudes aussi grosses que lui : ça fera un hot-dog !

    Aimé par 2 people

    karouge a dit:
    juin 11, 2017 à 11:44

    le petit fils d’E. Sanfourche (qui s’appelait Jean Joseph Sanfourche (1929-2010) avait quant à lui un chat que voici :

    J’aime beaucoup JJS, comme Gaston Chaissac et autres artistes catégorisés « art brut ».
    Bon dimanche !

    Aimé par 2 people

    francefougere a dit:
    juin 11, 2017 à 1:23

    Mais ce chien avait bien droit à une rémunération en tant que travailleur ! Donc, la prochaine fois, une saucisse de plus pour lui ! 🙂

    Aimé par 1 personne

      Gavroche a répondu:
      juin 11, 2017 à 1:25

      Voilà ! très bien dit ! 😀

      J'aime

        Trigwen a dit:
        juin 11, 2017 à 5:43

        Si on continue à rémunérer trop les chiens de ces gens, les gens feront venir des chiens polonais qui en demandent moins et se contentent de croquettes à bas prix.

        J'aime

      Trigwen a dit:
      juin 11, 2017 à 5:41

      Pas question ! Payé au S.M.I.C. le chien : (Saucisse Minimum Intra Canine)

      Aimé par 1 personne

    fanfan la rêveuse a dit:
    juin 11, 2017 à 5:41

    Ah le coquin !
    Cela me rappelle une rencontre très surprenante avec notre chienne qui sortait de la cuisine avec la totalité du gâteau au chocolat dans la gueule…Je lu dans son regard cette réflexion « aie que vais je faire ?  » et moi je pensais « mais qu’est-ce-qu’elle me fait » et je suis restée sans réaction sous l’effet de surprise…Très vite j’ai repris mes esprits et mis en punition la chienne dans son chenil, sans le gâteau.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s