Cris de Paris

Publié le Mis à jour le

jeanne-lormeau

Le temps n’est pas loin où on ne les entendra bientôt plus qu’au deuxième acte de Louise. Petit à petit, ils disparaissent tous. C’est à peine si, dans les quartiers populeux, on entend encore l’appel traînant du « marchand d’habits ». La curieuse trompette du robinettier s’en va avec le cri de la marchande de cresson : A la tendresse, la verduresse… J’ai du beau cresson d’fontaine… la santé du corps… 

Voilà l’plaisir, mesdames… s’en est allé 
rejoindre : 
Allons les paps, allons les mamans, 
Amusez vos p’tits enfants… 

et le A la crème !… fromage à la crème, est allé retrouver : V’là les escargots de Bourgogne et le A la barque des marchands de moules. Escargots et moules, ayant désormais pignon sur rue, ont cessé de se promener dans les petites voitures par la capitale. Un des plus touchants et des plus anciens, qu’on entendait encore dans les faubourgs avant la guerre, 

Pleurez, pleurez, petits enfants ! 
Vous aurez des moulins à vent ! 

a une origine bien émouvante. Celle qui, pour la première fois, le cria aux Parisiens était une jeune femme, pauvre rempailleuse de chaises, restée veuve avec deux jeunes enfants. Sans ouvrage et sans pain, ses petits, affamés, pleuraient et criaient. La pauvre mère essaya de tromper leur faim en les amusant. Avec des brins de paille, quelques épingles et un peu de fil, elle confectionna une paire de moulins qui se mirent aussitôt à tourner sous son souffle. Ravis, les petits oublièrent leur faim et s’arrêtèrent de pleurer. Devant ce résultat, la jeune femme eut une inspiration. Elle en fabriqua une douzaine et, descendant dans la rue, se mit à chanter : 

Pleurez, pleurez, petits enfants ! 
Vous aurez des moulins à vent ! 

Et le nouveau jouet, parvenu jusqu’à nous, se vendit comme du pain. La mère et les enfants furent sauvés. Cette jeune femme, cette mère que l’amour maternel rendit ingénieuse, s’appelait Jeanne Lormeau, et son invention date de 1774 ! Son cri, cri du cœur s’il en est, a rejoint le plus ancien de tous probablement, celui du couvre-feu : 

Rentrez, habitants de Paris, 
Tenez-vous clos en vos logis; 
Que tout bruit meure, quittez ces lieux, 
Car voici l’heure du couvre-feu ! 

dont les Huguenots nous gardent, à l’Opéra, le souvenir historique. 

René Le Gentil, 1928.

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2 réflexions au sujet de « Cris de Paris »

    anne35blog a dit:
    juillet 1, 2017 à 10:39

    cela existe toujours, j’adorais ces petits moulins de toutes les couleurs…

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    raimanet a dit:
    juillet 2, 2017 à 11:43

    A reblogué ceci sur Boycottet a ajouté:
    Et le nouveau jouet, parvenu jusqu’à nous, se vendit comme du pain.

    J'aime

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