Le frotteur étonné 

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jeanne-d'arc

La Jeanne d’Arc de la place Saint-Augustin vient de l’échapper belle ! Son auteur, Paul Dubois, avait cherché longtemps, on le sait, la patine spéciale qui égale son élégance à celle des bronzes florentins les plus délicats de la Renaissance. 

Or,raconte l’Avenir, l’autre jour, un cantonnier municipal, fraîchement promu membre de l’équipe des brosseurs et laveurs des monuments publics, se mit en devoir pour inaugurer brillamment ses nouvelles fonctions, de montrer son zèle. Il toisa le groupe équestre, releva ses manches et, bravement, commença d’astiquer le bronze, à grand renfort de sable et d’acides : il s’agissait de faire reluire proprement l’héroïne et son cheval de ba- taille ! 

Un des sabots de ce dernier était déjà resplendissant, lorsque, par bonheur, vint à passer un de nos maîtres de la palette. Il se précipita et dissuada le frotteur de continuer un si bel ouvrage, puis répara tant bien que mal l’offense faite à la patine de Paul Dubois. 

Et voilà pourquoi un des sabots du cheval de Jeanne d’Arc paraît un peu plus clair que les autres. Quant à l’astiqueur municipal, il ne comprend rien à ce goût des bourgeois pour le vert-de-gris, ni à l’utilité de ses propres fonctions. 

« L’Homme libre. » Paris, 1924.

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