L’écrivain de la rue

Publié le Mis à jour le

henry-monnier

Le Journal des Débats déplore la disparition d’un des types les plus étranges du vieux Paris, dont le quartier général était surtout place Maubert, l’écrivain public : 

C’était ordinairement un vieillard, homme instruit assez souvent, mais que des revers avaient jeté dans le besoin. Il était possesseur d’une belle main, faisait des vers au besoin et était apte à exécuter une page d’écriture en bâtarde, en coulée, en ronde, en anglaise, en gothique. Il réussissait à main levée les traits les plus hardis et ornait de fleurons tortillés les quatre angles des feuillets de papiers. 

Les clients et les clientes de l’écrivain public variaient selon les quartiers. 

Les prix de rédaction variaient selon le sujet, selon le genre, c’est-à-dire qu’il y avait un prix pour la prose, un autre pour la poésie. 

Comme on le pense bien, l’écrivain public devenait le confident des révélations les plus étranges. Il se faisait l’instrument de gros scandales, s’associait à de petites scélératesses, arrondissait le chiffre du carnet des dépenses de la cuisinière qui faisait danser l’anse du panier, et se faisait le complice de l’amoureux qui correspondait avec la femme de son  ami. 

Afin de gagner la confiance de tous, et comme garantie de sa discrétion, l’écrivain public plaçait au centre de la vitrine de sa cahute un écriteau portant ces mots : Au tombeau des secrets

On lisait, il y a plusieurs années, le quatrain suivant sur la devanture d’un écrivain public établi depuis le commencement du siècle rue Montmartre, contre l’Eglise Saint-Eustache :  

Ma bonne plume! ô toi que l’on convie
A griffonner à tort ou à raison,
Noircis ton bec pour me gagner la vie,
Noircis ton bec pour noircir le fripon. 

La paternité de ce quatrain est attribuée au chansonnier-vaudevilliste Désaugiers. 

« Gil Blas. » Paris, 1880.
Illustration : Henry Monnier, 1829.

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3 réflexions au sujet de « L’écrivain de la rue »

    francefougere a dit:
    juillet 24, 2017 à 6:38

    Très pittoresque – merci pour tes très intéressants articles 🙂

    J'aime

    raimanet a dit:
    juillet 25, 2017 à 1:58

    A reblogué ceci sur Raimanetet a ajouté:
    http://tiny.ph/rKMm

    J'aime

    jmcideas a dit:
    juillet 26, 2017 à 12:35

    L’écrivain de la rue est désormais d’un autre genre
    Celui-ci est désormais payé grassement à fournir des commentaires d’éloges / internet -pour telle ou telle marque commerciale
    « séjour douillet, riche, plaisant etc (j’en passe) à l’hôtel des coquelicots roses!
    et aussi:
    « Petit beurre réussis, fins, succulents,digestes,etc (pour la marque Belin)

    > Une écriture, sans être prolifique, tout à fait concise!

    J'aime

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