Le cygne de Busseto

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verdi

Giuseppe Verdi n’eut dans sa vie qu’une préoccupation, qu’une passion, la musique. Il ne parlait que de cela, il s’en nourrissait, il la respirait comme l’air. Toutefois, il y avait des bornes : la petite histoire suivante en fera foi. 

Chaque été Verdi, celui que l’on surnommait « le cygne de Busseto » passait quelque temps aux eaux de Montecatini où il habitait une petite maison. Un de ses amis lui ayant fait visite fut très surpris d’être reçu dans une pièce qui servait à la fois au compositeur de salon, de salle à manger et de chambre à coucher. 

J’ai encore deux grandes pièces, dit Verdi à son visiteur dont il saisissait l’étonnement, mais elles sont actuellement envahies par une quantité d’objets que j’ai loués pour la saison. 

Sur ce, Verdi ouvrit deux portes et l’ami du maître aperçut deux énormes chambres littéralement encombrées par une centaine d’orgues de Barbarie. 

A mon arrivée, continua Verdi, tous les propriétaires de ces instruments me donnaient du matin au soir la sérénade. Et c’était sans discontinuer Rigoletto, le Trovatore et la Traviata

(Peut-être y avait-il aussi l’inévitable intermède de Cavalleria.) 

Alors, explique Verdi, j’ai pris une résolution. J’ai loué tous ces orgues pour la durée de la saison. Cela m’a coûté 1,500 francs. Mais maintenant, du moins, je suis tranquille et je vais pouvoir travailler ! 

Tout en ayant le sentiment de sa génialité, Verdi avait cette modestie, la plus rare de toutes, celle qui vient de la parfaite intelligence de sa vraie nature. La lettre que voici fait pénétrer dans sa conscience artistique, une des plus claires et des plus probes qui aient été. Il l’écrivait à son éditeur Ricordi pendant la composition d’Aïda, c’est-à-dire à un des plus grands moments de sa carrière. Elle a la forme et le ton habituel de la conversation de Verdi : la verdeur et l’humour :

12 novembre 1871.

Me voici donc en escapade à Turin avec mon brave paquet de musique à la main ! Malheur ! Si j’avais un piano et un métronome, je vous enverrais le troisième acte ce soir. Ainsi que je vous l’écrivais, j’ai substitué un chœur et une romance d’Aïda à l’autre chœur à quatre voix composé en imitation à la manière de Palestrina, avec lequel j’aurais pu subtiliser un bravo aux grosses perruques, et qui m’aurait permis d’aspirer (quoi qu’en dise Faccis) à une chaire de contrepoint dans un conservatoire quelconque. 

Mais il m’est venu des scrupules sur la facture à la Palestrina, sur l’harmonie, et aussi sur la musique égyptienne… 

Enfin, c’était écrit Je ne serai jamais un « savant » en musique je serai toujours un gâte-métier ! 

Ce qui est non moins écrit, c’est que la ritournelle du duc de Mantoue continuera de voler légère « comme la plume au vent », et que la plante amoureuse d’Aïda et les cris de jalousie d’Amnéris seront répétés longtemps par les lèvres des hommes. 

« Le Temps. » Paris, 1901.

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Une réflexion au sujet de « Le cygne de Busseto »

    karouge a dit:
    juillet 30, 2017 à 5:47

    Un petit air d’opéra (et de Verdi, mon préféré, en plus) ne peut pas nuire à la santé d’une fin de repas dominical! Il n’en serait pas de même sur le coup de minuit, avec Rigoletto !
    (pour les amateurs, la fin de Rigoletto, mort de Gilda, sa fille) Le son est bon.

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