L’écu sur la table

Publié le Mis à jour le

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Le nom de Raphaël d’Urbin semble éclore spontanément sur les lèvres de quiconque veut exprimer la perfection dans l’art, des gens même qui n’ont jamais rien vu de sa peinture. Peut-être ceux-ci, superposant deux vagues silhouettes, fusionnent ils en une seule figure, le peintre des madones et le messager céleste qui un jour apparut à la Madone en extase. 

Quoi qu’il en soit avant d’être célèbre dans l’universalité du public, avant d’être si connu de ceux qui l’ignorent, Raphaël, l’artiste, eut à passer des moments difficiles. Comme tous ses confrères, au début de la vie, il dut manger de la vache enragée et tirer le diable par la queue. C’est évidemment pour se venger de la résistance que lui offrit parfois ce dernier, que, dans la suite, il le représenta terrassé par Saint-Michel, ainsi qu’on peut le voir au grand salon carré du Louvre, dans le pan coupé à gauche en entrant par la galerie d’Apollon. 

A l’époque même où sa bourse était le moins garnie et où son nom n’était connu que de rares amateurs et de très peu de critiques d’art, Raphaël se rendait d’Urbino à Florence, où le père Suisse,que quelques contemporains ont pu connaître très vieux, venait de fonder une académie. Comme les chemins de fer n’étaient pas inventés, il lui avait fallu prendre l’impériale de la diligence, et il était obligé de coucher chaque nuit dans une auberge. Ses dépenses avaient été plus fortes qu’il ne l’avait prévu, si bien qu’arrivé au dernier relais, il s’aperçut qu’il ne lui restait plus assez d’argent pour payer sa chambre et son café au lait. Implorer la générosité d’un aubergiste, était chose douloureuse : d’autant que les aubergistes ne sont pas tendres, d’ordinaire, lorsqu’il s’agit de leurs intérêts. Le jeune homme résolut d’acquitter royalement sa note par un chef-d’oeuvre. Mais quel chef d’oeuvre pouvait séduire un homme grossier ? Raphaël eut alors une idée.

Il ouvrit sa boîte à couleurs, en tira sa palette, ses pinceaux les plus doux, et sur le coin de la table peignit une pièce d’or, si exactement imitée qu’on l’aurait cru frappée de la veille et que son beau jaune d’or semblait reluire au soleil. Le peintre attendit que la diligence fut attelée, que le postillon, faisant claquer son fouet, appelât les derniers voyageurs, puis, du seuil de la chambre, montrant à l’hôtelier l’écu étincelant, il lui dit : « Vous garderez la monnaie. » 

L’aubergiste, le chapeau à la main et se confondant en salutations, reconduisit son client jusqu’à la diligence qui partit à fond de train. 

Quelques minutes plus tard des exclamations de désappointement, des cris de colère, des vociférations, des injures mettaient la maison en alerte. L’aubergiste en voulant mettre la pièce dans son escarcelle, venait de s’apercevoir que ce n’était même pas une fausse monnaie qu’il aurait eu la ressource de passer à quelque voyageur. 

Ce récit n’est-il qu’une simple invention littéraire ? Je ne sais pas. Peu importe ! l’histoire est plaisante et je suis là bien à mon aise pour vous la conter. 😉

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