Laideur  utile 

Publié le Mis à jour le

laideur

Une histoire vraie, vraiment digne d’Edgar Poe, et qui se passa en Amérique, aux environs de 1924, m’est revenue sous les yeux et m’a invité à méditer sur la laideur. 

Au fond, la laideur physique n’est qu’un mot, ou si l’on veut, une convention. Nous connaissons, vous et moi, des hommes au gracieux visage qui ne plaisent pas aux femmes et des individus à la face ingrate ou déformée, qui bénéficient des faveurs du sexe faible. Il y a là des mystères que nul ne pénétrera jamais. C’est d’ailleurs un effet de la justice des choses. Comme cela, chaque être a ses joies. 

Mais la Laideur n’a pas seulement réussi dans le domaine de l’amour. Elle a réussi également dans, le spectacle, et certains artistes en ont tiré la fortune. L’aventure que nous rapportons se rattache à cette catégorie. On voyait donc, à New York, voici quelques années, passer dans tous les journaux américains de singulières annonces. 

Elles demandaient aux disgraciés de la nature, infirmes de naissance ou mutilés par accident, de se présenter au siège de la « Kulver City Film », à New York. Celui des candidats qui révélerait la laideur la plus monstrueuse serait engagé par la société, aux gages de 1.500 dollars mensuels pour figurer dans une série de films. 

Dès le lendemain, une cohorte de culs-de-jatte, de borgnes, de goitreux, d’épileptiques et de contrefaits se dirigeaient boitant, clopinant, geignant, vers le studio. 

Le metteur en scène, M. Simithson, fit ranger sur une file cette armée de mal-bâtis et la passa en revue. Après un examen minutieux, il arrêta son choix sur un « poussah » informe, un pied bot, obèse, dont un chancre dévorait la figure et qui fut reconnu l’homme le plus affreux du monde. Le lauréat, un certain Lewis Mac Néra, signa un contrat prestigieux parmi les murmures d’envie de ses rivaux évincés. Il devait se représenter au studio le lendemain pour y recevoir des instructions concernant son rôle.

Hélas ! le nouveau jeune premier ne parut pas au rendez-vous. La joie qui donne des ailes aux gens sains, est néfaste aux pieds bots. L’infortuné Mac Néra, oublieux de sa prudence coutumière, voulut traverser délibérément une rue encombrée de véhicules et passa sous une auto qui le décapita.

Denoblat. « L’Union de Limoges. » 1938.

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3 réflexions au sujet de « Laideur  utile  »

    Éric G. Delfosse a dit:
    août 11, 2017 à 1:30

    Il y avait Paf le chien, il y a eu Couic Lewis !

    Aimé par 2 people

    Trigwen a dit:
    août 12, 2017 à 1:31

    Il a profité de la chance que quelques heures puis la faucheuse s’empara de Mac Nera.

    Aimé par 1 personne

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