Dernière pirouette

Publié le Mis à jour le

jacques-louis-davidII y a des gens qui ont de l’esprit jusqu’au bout… de la vie. Au fait, les gens d’esprit à l’heure de la mort ne veulent pas perdre l’occasion d’un bon mot. L’esprit de l’escalier n’est plus de mise, quand on meurt. 

Montaigne nous raconte ceci : « Un homme qu’on menait au gibet disait : « Ne me touchez pas à la gorge, vous me feriez mourir de rire, car je suis très chatouilleux ! » Un autre répondit à son confesseur qui lui promettait qu’il souperait ce jour-là avec Notre-Seigneur : « Allez-y vous-même. Pour ma part, j’aime mieux jeûner. » 

Un fait très populaire du temps de Montaigne est celui d’un Picard, à qui on proposa étant déjà sur l’échelle (on pendait alors les condamnés) de se marier pour avoir la vie sauve, comme la loi le permettait. Le criminel descend, examine la fiancée et s’aperçoit qu’elle est boiteuse. Il crie alors au bourreau : 

Attache ! attache ! elle cloche

Mandrin, en montant sur l’échafaud, demandait combien il y avait de cabarets d’ici au Paradis… 

Mais quittons les criminels et passons aux honnêtes gens. Qui ne sait les mots fameux de Rabelais sur son lit de mort : 

Tirez le rideau, la farce est jouée

Mme Fontaine-Martel, dame qui traversa la Régence et qui, en son temps, fit beaucoup parler d’elle, demanda, en mourant, quelle heure il était. Puis, elle ajouta : « Dieu soit loué ! Quelque heure qu’il soit, c’est toujours pour lui l’heure d’un rendez-vous. » 

Les chroniques racontent qu’Austrigilde, femme de Gontran, roi de Bourgogne, obtint de son mari en mourant, qu’il ferait enterrer avec elle ses deux médecins. Voilà un singulier caprice de grande dame. Van Oberkock, peintre flamand, qui aimait son art et le plaisir avec passion, finit à force d’excès par tomber dangereusement malade. Les médecins, après l’avoir visité, fondaient des espérances sur son âge. Il leur dit, en riant aux éclats : 

Ah ! messieurs, ne comptez pas sur mes quarante-six ans, il faut doubler : j’ai vécu  jour et nuit. 

 « Ma revue. » Paris, 1907. 
Peinture : Jacques-Louis David.

Publicités

2 réflexions au sujet de « Dernière pirouette »

    karouge a dit:
    août 13, 2017 à 7:20

    A ses funérailles, un ami (j’étais témoin) a dit au croque-mort : « vite, rabattez le couvercle de mon cercueil, sinon ma femme va m’y rejoindre et m’assommer avec son rouleau à pâtisserie! »
    Le croque-mort a ri: Ce fut un moment rare, que le rire dudit croque-mort. Je m’en souviendrai toute ma vie…

    Aimé par 4 people

    Trigwen a dit:
    août 14, 2017 à 3:27

    Certains tiennent absolument à avoir le dernier mot… et quand c’est un trait d’esprit, ça prend toute sa valeur.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s