Encore un sorcier !

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robert-houdin

Le grand sorcier du Palais-National possède à Saint-Gervais, dans les environs de Blois, un joli domaine où il a été passer l’été qui vient de finir. Là, Robert Houdin se livrait à des études, à des expériences de physique, et les effets qu’il produisait étonnaient fort les gens du pays. Bien qu’il se soit toujours montré à leur égard affable et bienfaisant, ces braves gens le considéraient comme ayant beaucoup plus de rapport avec le diable qu’avec le bon Dieu.

Malgré cela, ils ne refusaient pas les petites distinctions qu’il leur procurait. Ainsi, certain jour, Robert Houdin donna aux habitants de Saint-Gervais une fête à l’occasion du baptême d’un de ses enfants : son parc fut illuminé d’un bout à l’autre par des flots de lumière électrique. Il produisit ensuite des effets de magie si surprenants, que les paysans, tout en cédant à l’admiration, éprouvaient une certaine terreur. On avait beau leur expliquer que cela était naturel, ils n’y voyaient que du sortilège. Ils étaient dans ces dispositions lorsque M. Houdin résolut de faire briser à l’aide de la mine un rocher qui se trouvait dans son parc. Un des ouvriers fut blessé au moment où il mettait le feu à une mèche. M. Houdin annonça alors qu’il avait un moyen moins dangereux de déterminer l’explosion : il employa tout simplement un fil électrique, et les paysans, qui ne voyaient pas de feu entre ses mains, répétait partout qu’il avait employé le secours du diable.

Telle était la situation des esprits à St-Gervais quand plusieurs cas de choléra vint jeter l’inquiétude et la terreur dans les esprits : « C’est le sorcier qui nous attire ce malheur ! » s’écrièrent plusieurs habitants de l’endroit. Ce propos, colporté de bouche en bouche, fut partout accueilli, et de sourdes rumeurs, préludes de vengeance, s’élevèrent bientôt contre l’innocent physicien.

Le maire de Saint-Gervais, instruit de ce qui se passait, essaya de calmer les plus exaltés, mais il ne fut pas écouté. « Le sorcier répand dans I’air une poudre que nous respirons et qui nous rend malades. » disaient ces pauvres gens avec une conviction bien arrêtée Et quand le maire objectait qu’il pouvait subir comme les autres ces malignes influences, on lui répondait qu’il ne se levait pas d’assez bonne heure, et que toute la poudre était respirée quand il paraissait.

La fermentation s’accrut au point que le maire jugea à propos de faire veiller la nuit à la porte du physicien. Mais Robert Houdin, heureusement, devait revenir à Paris, et son départ coupa court à toute manifestation hostile. Il faut espérer que les habitants de Saint-Gervais, lorsqu’ils reverront M. Houdin, seront guéris de leurs terreurs.

« L’Argus. » Paris, 1851.
Illustration de Gustave Doré.

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8 réflexions au sujet de « Encore un sorcier ! »

    carnetsparesseux a dit:
    août 14, 2017 à 1:28

    signalons qu’après le départ de monsieur Houdini, une forte disparition de lapins a été constaté dans les fermes du canton de Saint-Gervais. 🙂

    Aimé par 3 people

      Gavroche a répondu:
      août 14, 2017 à 1:34

      Fallait bien qu’il les trouve quelque part, les bestioles ! 😀

      Attention ! Les descendants de l’illustre illusionniste ne vont pas apprécier que tu ajoutes un « i » à Houdin… 😮 😉

      Aimé par 2 people

        carnetsparesseux a dit:
        août 14, 2017 à 1:58

        Oups ! Confondre Jean-Eugène et Harry… je m’illusionne tout seul 🙂

        Aimé par 2 people

        Trigwen a dit:
        août 16, 2017 à 2:22

        Houdini qui a choisi ce pseudo en hommage à Houdin qui fut considéré comme un génie de la magie et le père de l’illusion que nous connaissons actuellement.

        Aimé par 1 personne

    Trigwen a dit:
    août 16, 2017 à 2:30

    Un vrai sorcier en effet, et surtout dans son domaine !
    Houdin fut le premier à réaliser de nombreux changements pour ses spectacles en installant des machines très efficaces qu’il s’arrangeait à rendre invisibles. C’est ainsi qu’il introduit l’électricité et l’électro-magnétisme dans l’art de la prestidigitation.
    Grâce à des piles électriques, le courant arrivait dans des anneaux fixés au plafond de la scène et de la salle.
    Chacun des meubles, guéridons, consoles de côtés ou table de milieu, permettaient des changes ou des charges invisibles aux regards des plus attentifs et un savant dispositif de tirages contrôlait, à distance, les pièces mécaniques.
    Ses trappes, ses aménagements particuliers et sa machinerie spécifique firent l’orgueil des autres illusionnistes qui le prirent comme modèle par la suite.

    Aimé par 1 personne

      Gavroche a répondu:
      août 16, 2017 à 10:06

      A noter que la mécanique n’avait pas de mystère pour Houdin : notre homme, depuis l’enfance (merci à son papa !), fut un passionné d’horlogerie et était passé Maître en matière de mécanisme.

      Aimé par 1 personne

    LILIANE CALISTE a dit:
    août 16, 2017 à 9:53

    Comme quoi nous avons tendance à avoir peur de tout ce qui nous est inconnu.

    Aimé par 1 personne

      Gavroche a répondu:
      août 16, 2017 à 10:09

      « La peur de l’inconnu » a toujours généré, et générera encore ses sombres ravages… 😦

      Aimé par 1 personne

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