Mode et mauvais goût

Publié le

julie-andrews

Le cigare est une des erreurs de l’époque. C’est avec stupéfaction et douleur que les philosophes de la mode ont vu le cigare s’introduire dans les habitudes de nos dandys. Fumer est plus qu’un vice, c’est une faute. 

Et les femmes, ordinairement indulgentes pour les vices brillants de la jeunesse, ne le sont jamais pour les fautes qui portent atteinte aux égards qu’on leur doit. Il n’est guère de vice de jeune homme qui n’ait en soi son excuse, qui ne porte en lui sa rédemption : mais rien ne rachète les crimes du cigare, rien en lui ne fait oublier son détestable parfum. Aussi est-il peu de femmes miséricordieuses pour le cigare, fût-il du plus pur Havane. 

Depuis que nos moeurs élégantes, ont permis de fumer aux apôtres et aux disciples de la mode, cette habitude a été funeste à bien des passions ! C’est que le flambeau de l’amour  et le cigare de la Havane ne peuvent s’allumer au même feu. En Angleterre, dans ce pays qui fraternise si bien avec nous, pour tout ce qui est objet de mode, le cigare n’est pas en honneur chez les dandys et en exécration chez les merveilleuses. A ce sujet, on a exhumé une chronique testamentaire assez curieuse.

Un gentleman du comté de Derby, nommé sir Darney, institua son fils aîné héritier de tous ses biens, sous la condition que, si jamais il contractait l’habitude de fumer, celui de ses frères ou soeurs qui le trouverait fumant, aurait droit de lui reprendre la succession paternelle. 

Le gentleman qui portait une haine si profonde au cigare, avait été, dans sa jeunesse, un intrépide fumeur. Au retour d’un voyage dans les colonies, où il avait contracté l’habitude du cigare, il devint éperdument amoureux d’une veuve riche et jolie. Il fit sa cour, il parvint à plaire, et tout annonçait que ses voeux allaient être couronnés par un hymen vivement désiré, lorsqu’un jour la belle veuve le rencontra fumant. Elle jeta un cri de dégoût et d’indignation, et dès-lors tout fut rompu. En vain Darney demanda-t-il grâce et jura-t-il que jamais, à l’avenir, il ne toucherait plus un cigare : la belle fut inexorable, et deux semaines après, elle épousa un baronnet qui buvait comme un templier, mais que l’odeur du tabac faisait tomber en syncope. 

Le testament de sir Darney. était un amer ressouvenir de sa mésaventure.  

Lorsque les femmes en France seront admises à réformer notre législation, ce qui ne peut manquer d’arriver bientôt, elles frapperont le cigare de la vindicte des lois, et déclareront les fumeurs incapables d’hériter.  Ce sera à la fois de la justice et du bon goût.

« L’Entr’acte versaillais. » Versailles, 1865.

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Une réflexion au sujet de « Mode et mauvais goût »

    marie a dit:
    août 17, 2017 à 7:26

    Bonsoir, j’ai deux amies qui fument le cigare, je ne trouve pas cela très élégant et faut voir leur peau!!! toute ridée!!! bonne soirée MTH

    Aimé par 1 personne

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