Les croix de flammes

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ku-klux-klan

« Empêchez les nègres de voter par tous les moyens », a dit dernièrement à ses électeurs Théodore Bilbo, sénateur démocrate du Mississipi. Deux jours après, un ancien combattant noir était lynché. Puis à Monroe, en Georgie, quatre noirs dont deux femmes, tombaient sous des coups de revolver à la suite d’une querelle banale. Et derrière ces rapides tragédies, les cagoules blanches du Ku-Klux-Klan, d’un seul coup réapparaissent, à la grande terreur de ceux qui croyaient le Klan à jamais impuissant et dispersé. 

Elle était facile à prévoir, pourtant, cette résurrection des citoyens de l’invisible empire. Après chaque guerre, le Ku-Klux-Klan connaît, aux Etats-Unis, une période d’activité brutale, et les mesures que le gouvernement des U.S.A. semble décidé à prendre contre la secte montre bien qu’il ne sous-estime pas le danger qu’elle peut faire courir à la paix intérieure de la grande démocratie américaine. 

Qu’est-ce que le Ku-Klux-Klan ? Et d’abord, que signifient ces trois mots ? On peut les traduire par Clan ,du Cercle (Kuklos = cercle, en grec). L’insigne de l’association est un cercle entourant une croix de Saint-André, comportant un petit carré dans son centre. Le premier K.K.K. avait été fondé en 1866, après la guerre de Sécession, par les Sudistes, à Pulaski, dans le Tennessee, pour le maintien de la suprématie blanche dans les Etats à esclaves . 

Pour terroriser les noirs superstitieux, les Klansmen imaginèrent tout l’attirail des cagoules blanches, des mains de squelettes, des silencieux défilés nocturnes, des réunions aux flambeaux sur les collines. Le chef suprême du K.K.K. se nommât le grand sorcier, empereur de l’invisible empire. La secte était divisée en royaumes avec un grand cyclope, un grand moine, un grand turc, une grande sentinelle, etc. 

Et l’on peut dire que vaincus sur le plan fédéral, les Sudistes, avec le Ku-Klux-Klan,  parvinrent à empêcher les noirs de bénéficier des principales dispositions de la Constitution américaine. Pratiquement, les noirs, qui sont électeurs, n’ont jamais pu voter aux U.S A. 

Le premier K.K.K. fut dissous par ses propres fondateurs en 1869. Après trois ans de fouet, de lynchages et d’exécutions sommaires, le Klan pouvait disparaître, les noirs avaient compris. Vint la première guerre mondiale, avec tous ses remous. Des éléments protestants, nationalistes et xénophobes des Etats-Unis formèrent un second Ku-Klux-Klan dans l’Etat de Georgie, à Atlanta, en 1916, à l’appel d’un pasteur, petit professeur d’histoire, le révérend Williams I. Simmons, surnommé le Colonel, parce qu’il avait été deuxième classe pendant la guerre de Cuba. 

L’association secrète était, en principe, consacrée en tant que société protestante, à l’enseignement de la religion chrétienne, et s’engageait en tant que société de blancs, au maintien perpétuel de la suprématie de la race blanche. Mais, dans la formule qu’il  devait remplir pour entrer dans le Klan, le candidat jurait qu’il était : Natif des U.S.A., vrai et loyal citoyen blanc, d’habitudes tempérantes, attaché aux articles de la Christian religion, au maintien de la suprématie des Blancs, à ceux d’un esprit de clause honorable et aux principes du pur américanisme

Le pur américanisme des adeptes du Colonel W.-I. Simmons se traduisait par la haine séculaire du noir, une xénophobie farouche, un anti-catholicisme qui voulait priver les catholiques du droit de vote, et allait jusqu’à accuser le pape de coloniser le gouvernement des U.S.A. en peuplant les ministères de ses créatures papistes, un antisémitisme tendant à exclure totalement des Etats Unis les juifs qui travaillent contre la société chrétienne, enfin un anti-syndicalisme des plus agissant. 

Pendant quelques années, le nouveau Ku-Klux-Klan s’organise. Mais, à partir de 1921, il passe à l’action directe. Des noirs ont fait la guerre en Europe, ils ont coudoyé les blancs sans être traités en parias, ils reviennent pleins d’idée, séditieuses. Le K.K.K. ne peut tolérer cela. En février 1921, B.-I. Hobbes, de Houston, dans le Texas, est battu, rasé et doit fuir la ville parce qu’il a fraternisé avec des nègres. Dans la même ville, un mois plus tard, un négociant et un dentiste noirs sont atrocement mutilés pour avoir eu des relations avec des femmes blanches. Trois autres, pour le même motif, sont fouettés au sang et marqués au front des trois lettres K.K.K. 

A Miami, en Floride, un archidiacre anglican, le révérend Ph.-S. Irwin prêche l’égalité des races. Les hommes du Ku-Klux-Klan le saisissent, l’entraînent dans un bois, le mettent nu, le fouettent, l’enduisent de goudron et le roulent dans un tas de plumes avant de le renvoyer chez lui. Au mois de mai 1921, à Dallas (Texas), mille cavaliers K.K.K. en cagoules défilent, de jour, dans les rues avec des bannières où s’étalent des mots d’ordre menaçants.  

Partout, le Ku-KIux-Klan multiplie ses démonstrations, ses sévices, ses lynchages. Des Etats du Sud, la secte gagne le Sud-Ouest et l’Ouest. Faible dans les grandes villes cosmopolites, elle est au contraire très puissante dans les milieux ruraux et les petites cités à majorité protestante. Raciste et anticlérical, le Ku-Klux-Klan puise sa virulence dans l’état d’esprit de l’Américain moyen imprégné de puritanisme qu’épouvante la montée du flot des noirs et des étrangers, Irlandais, Méditerranéens, juifs, etc. 

Et les mêmes causes produisant les mêmes effets, on assiste en ce moment à un retour de flamme analogue à ceux qui suivirent la guerre de Sécession et celle de 1914-1918. Que pourront la police et l’ Association nationale pour le progrès de la race noire contre les nouveaux déchaînements du Klu-Klux-Klan ? Dans les Etats du Sud, même les G.-Men ne boiraient pas un verre d’eau en public en compagnie d’un noir. D’autre part, dans un document du Ku-Klux-Klan daté du 10 juin 1921, on pouvait lire : 

« Nous venons d’enrôler le chef de la police, il se montre heureux d’avoir été initié, heureux de voir que nous pouvons mettre éventuellement à sa disposition notre organisation militaire. Il nous a promis de mettre à la disposition de nos hommes deux cent soixante fusils à répétition et s’est engagé a reconnaître tout chef désigné par nous comme sous chef de la Sûreté. » 

Le Ku-Klux-Klan de 1946 est-il moins bien organisé, a-t-il moins de complicités qu’en 1921 ? Le doute est permis. Son grand patron actuel, le Dr. Green, d’Atlanta, peut déclencher d’un signe une vague de terreur sur la moitié des U.S.A. En ce qui concerne les noirs tout au moins, les événements de ces derniers jours peuvent faire supposer que les consignes sent déjà lancées. 

« Regards. » Paris, 1946.  

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6 réflexions au sujet de « Les croix de flammes »

    anne35blog a dit:
    août 20, 2017 à 5:21

    cela fait froid dans le dos…

    Aimé par 1 personne

    francefougere a dit:
    août 20, 2017 à 5:39

    Il ‘y a pas que des méchants quand même.
     » Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur  » – livre et film, ont été compris et ont eu une grande répercussion.

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    beatricelise a dit:
    août 20, 2017 à 5:55

    😱😱😱

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    L'Ornitho a dit:
    août 20, 2017 à 8:47

    KKK ou mèmerde humaine.

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    Trigwen a dit:
    août 21, 2017 à 1:02

    Si le Klan a atteint presque 6 millions de membres vers le milieu des années 20, ils ne seraient plus que 6000 à 8000 actuellement.
    Il tient son discours raciste, antisémite et haineux très librement en se basant sur un amendement qui leur offre la liberté d’expression totale.
    Il recrute beaucoup chez les membres de petits partis nazis démantelé et chez les gens des classes très moyennes.
    Le journal de l’époque précise qu’ils doivent prouver qu’ils sont chrétiens, natif des U.S.A., vrai et loyal citoyen blanc.
    On retrouve la même façon de recruter auprès des W.A.S.P. actuels, les White Anglo Saxon Protestants, des gens de la Bible belt, qui n’ont pas digéré qu’un noir américains ait été élu président et qui sont convaincus que les U.S.A. retrouveront leur grandeur lorsque la constitution adoptera des lois ségrégationnistes comme ce fut le cas en Afrique du Sud.

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    fanfan la rêveuse a dit:
    août 21, 2017 à 9:25

    Triste réalité qui hélas n’est toujours de l’ordre du passé…Comment peut-on encore pensé ainsi de nos jours ? ! Que l’Homme peut-être C– à ses heures ! Oups, pardon Gavroche mais il y a des sujets qui m’agacent fortement…

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