Cannes et parapluies

Image Publié le Mis à jour le

philip-wilson-steer

On pourrait, à propos de parapluies, écrire tout un livre. En dehors même de l’intérêt que présente sa fabrication délicate où l’art se mêle à l’ingéniosité, le parapluie reste en effet dans la vie contemporaine un personnage fort important, bien que la mode des vêtements caoutchoutés et des chapeaux à toute épreuve, en ait réduit l’usage. 

Le parapluie participe à nos joies et à nos misères. 

Le dieu de l’amour lui a depuis longtemps accordé sa bénédiction, puisque les cœurs tendres trouvent souvent en lui un prétexte pour se rapprocher et qu’en offrant la moitié de son parapluie à une femme charmante qui fuit sous l’averse, on lui offre presque forcément son bras (les parapluies sont si petits !) et peu après un peu de son cœur (les cœurs sont si grands !) D’ailleurs, entre nous l’expression avoir le pépin pour quelqu’un  n’a pas été inventée au hasard pour indiquer qu’on éprouve un sentiment chaleureux, 

Mais le parapluie ne fait pas acte de présence uniquement dans nos instants de douceur ou de joie. Le duel au parapluie résultat inévitable de l’interdiction du port d’armes comme le revolver ou le coutelas, sévit encore qui ferait le désespoir du duc de Richelieu, le plus grand ennemi du duel à travers l’Histoire. On cite l’aventure d’un certain Balsack, natif de Roubaix, qui tua un belge à coups de parapluie, à Lille il y a quelques années. 

Le parapluie peut même déterminer des suicides. C’est parce qu’il en voyait trop dans la rue qu’un anglais du nom d’Albert Hewith se suicida. « Le mauvais temps me brise le cœur ! disait-il, et de voir tant de .gens courbés sous la pluie, j’ai des idées tristes et si ça continue j’aime mieux mourir ! » 

Enfin, notons que dans les funérailles chinoises, le parapluie tient un rôle. On le fixe sur le défunt, qu’on promène à découvert, et afin de protéger son visage des intempéries. Il accompagne et protège le mort, dans sa bière ouverte. 

L’invention du parapluie semble appartenir à l’histoire la plus plus reculée. Il aurait pris naissance chez les Chinois, puis les Egyptiens, où, à l’origine, il demeurait réservé à l’usage des souverains et des princes. C’est seulement vers l’an 1700 qu’on le vit apparaître en France. A ce moment, il était lourd et volumineux, et pesait près de deux kilos. 

Un détail curieux : ce furent les femmes qui s’en servirent les premières. Aussi ne nous étonnons point que les femmes attachent une grande importance à Sa Majesté Pépin et à l’art de s’en servir. L’une d’elles m’affirmait que la façon de porter un parapluie pouvait faire manquer un mariage :

— Oui monsieur ! disait-elle, une femme qui tient son parapluie comme une canne est autoritaire et revêche, celle qui badine avec est impulsive et volage ? Celle qui l’oublie un peu partout manque de franchise… 

Il arriva qu’un fin psychologue anglais, instruit de propos du même ordre, sauta sur cette occasion pour trouver sujet à écrire, et mit au point un « Code du parapluie ». 

Mais savez-vous que la XIIIe Chambre Correctionnelle eut le 6 février 1925, l’occasion de compléter ce code ? Elle estima que « tenir son parapluie la pointe en l’air et en avant », quand on est en train de se disputer avec quelqu’un, constitue une imprudence grave, de telle sorte que si, involontairement l’interlocuteur se blesse en heurtant ladite pointe, celui qui la tient encourt l’entière responsabilité des dommages. On condamna en effet un voyageur qui discutait, parapluie en main, avec un employé de chemin de fer de la gare de Colombes. Par hasard, ledit employé heurta le pépin du voyageur et son œil en fut crevé. 

Moralité : tenez bien votre parapluie, avec le même soin que vous tiendriez un fusil de chasse. Tenez-le horizontalement après l’averse en rentrant chez vous, et s’il est mouillé ne le posez pas n’importe où, chez vous ou chez les autres, car chacun sait qu’il fait en ce cas sournoisement pipi, ce qui peut rendre son propriétaire détestable ou ridicule, ou faire flanquer une volée au chien innocent qui se promène dans les parages. 

Tristan Lenoir. « Société coopérative l’Union de Limoges. » 1934.
Peinture :Philip Wilson Steer.

Publicités

Une réflexion au sujet de « Cannes et parapluies »

    francefougere a dit:
    août 23, 2017 à 6:23

    Croisé hier, par grand beau temps, un couple dont le mari portait, accroché à sa bandoulière, deux grands parapluies – pas pliants … ?????

    J'aime

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s