Un repas toujours prêt

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Combien sommes-nous petits, combien sommes-nous mesquins, si l’on nous compare, sous quelque rapport que ce soit, aux hommes du siècle antique ! Et pour ne parler ici que de choses appartenant à notre spécialité, où trouverait-on aujourd’hui, même dans le palais des rois, l’équivalent du salon d’Apollon de Lucullus, et des menus du dîner d’Apicius, qui se donna la mort parce qu’il ne lui restait plus à dépenser pour son service de bouche que douze cent mille sesterces par année, c’est-à-dire, à peu près cent mille  écus.

Et pourtant ces deux Gastronomes célèbres eussent encore trouvé à apprendre dans les festins que se donnaient mutuellement Antoine et Cléopâtre. Cette reine d’Égypte et l’illustre guerrier son amant, avaient créé dans leurs loisirs d’Alexandrie la société des Confrères de la vie inimitable. La règle de cette confrérie était de demeurer le jour entier à table, et des prix étaient donnés à ceux qui mangeaient le mieux et le plus longtemps. Quant aux profusions qui régnaient dans ces repas, voici un trait qui pourra donner une idée des autres. C’est Plutarque qui le raconte, et personne n’a jamais mis en doute la véracité de cet historien.

Il raconte donc que le médecin Philotas se trouvant, jeune encore, à Alexandrie, pour y apprendre sa profession, fit connaissance d’un des chefs de cuisine d’Antoine, qui l’engagea à venir voir l’apprêt d’un de ces soupers. Philotas étant entré dans les cuisines, fut grandement surpris d’apercevoir, outre des quantités immenses de viandes de toute espèce, douze énormes sangliers à la broche.

Antoine, dit-il en souriant au chef de cuisine, traite donc aujourd’hui tout le peuple d’Alexandrie ?
— Du tout. Ils ne seront que dix à table. Mais chaque chose doit leur être servie dans une fleur de cuisson qu’un instant de trop est capable de flétrir. Or, il peut arriver qu’Antoine demande son souper
tout à l’heure, ou dans un intervalle assez court, ou enfin qu’il attende plus longtemps, parce que le vin ou quelque sujet de conversation agréable l’aura retenu. C’est pourquoi j’ai ordre de préparer tous les jours non un repas, mais plusieurs, vu que je ne puis pas deviner le moment où l’on se mettra à table.

Que l’on nous cite un second exemple de ce raffinement de gourmandise et de cette incroyable profusion, dans toutes les annales de la Gastronomie moderne, et nous sommes tout prêts à convenir qu’une mauviette est plus grosse qu’un bœuf, et que le Colysée de Rome tiendrait à son aise sous l’arc de triomphe colifichet de la place du Carrousel.

« La Gastronomie. » Paris, 1839.
Peinture : Charles Joseph Natoire.

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Une réflexion au sujet de « Un repas toujours prêt »

    fanfan la rêveuse a dit:
    août 29, 2017 à 7:01

    Honteux ce gâchis alors que beaucoup mourraient de faim…Il faut se prendre pour Dieu le père pour avoir un tel comportement…

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