L’homme au boulet de canon

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john-holtum

Toute la presse parisienne a été convoquée hier au jardin Mabille, à une représentation en plein air, donnée par M. John Holtum, dit l’homme au boulet de canon

On sait que M. Holtum a acquis quelque célébrité par ses représentations aux Folies-Bergère. Le plus fort de ses exercices consiste en ceci : M. Holtum charge un canon sous les yeux du public, il y introduit un boulet dont les spectateurs peuvent vérifier le poids. Il va ensuite se placer à l’extrémité de la scène. Le canon fait feu et M. Holtum attrape le boulet au vol. 

Or, un de nos confrères s’est avisé de prétendre, non sans apparence de raison, qu’il s’agissait là d’un truc fort ingénieux, mais enfin d’un truc. Aux Folies-Bergère déjà, le public affirmait en majorité qu’il y avait substitution de boulet, que le vrai boulet était escamoté et que M. Holtum recevait de la coulisse un projectile qu’on lui lançait adroitement dans les mains, au moment voulu. 

Piqué au vif, M. Holtum releva le défi dans les termes suivants : 

« Je vous prie instamment de bien vouloir m’indiquer un endroit que vous aurez choisi, où il n’y aura pas de coulisses, au milieu d’un champ, si vous le désirez. Une personne quelconque mettra elle-même le boulet dans le canon, le marquera comme elle le voudra, et si je n’attrape pas ce même boulet sortant du canon chargé par de la poudre, je m’engage à donner la somme de 5,000 francs aux pauvres de la Ville. En outre j’offre la somme de 3,000 francs à quiconque voudrait recevoir le boulet. » 

L’expérience a eu lieu et elle a pleinement réussi. Vous vous doutez bien que ce M. Holtum est admirablement musclé et d’une vigueur étonnante. Il fallait le voir jongler au préalable, avec ses boulets, les lancer en l’air, les recevoir sur la nuque, sur le bras, voire même sur le coude ! A un moment donné, nous l’avons même vu ramasser à l’aide de ses dents un sac de toile enfermant deux boulets d’un poids considérable. Voilà un homme qui n’a pas froid aux dents ! 

Mais ceci n’était que les bagatelles de la porte. Chacun l’attendait à l’épreuve du canon. 

On nous a montré successivement, d’abord l’instrument, un canon à âme lisse de petit calibre, puis le boulet, puis la charge de poudre. Le canon a été chargé sous nos yeux. Un premier coup a fait voler en éclats une planche placée à environ dix mètres. M. Holtum  s’était posté au-dessous de la cible, confiant dans la justesse du tir et renouvelant ainsi, sur un nouveau théâtre, le rôle du fils de Guillaume Tell. 

Quelques instants après, il se plaçait à mi-chemin du but précédent, c’est-à-dire à environ six pas du canon. Il avait pris soin de rembourrer sa poitrine d’un plastron et de revêtir ses mains de larges gants de cuir. Le bruit de la décharge se fit entendre. Nous vîmes distinctement, pour notre part, le boulet franchissant l’espace et saisi au vol par ces deux mains robustes. 

La chose se passait en plein air, au milieu d’une double haie formée par les spectateurs. Donc aucune supercherie à invoquer : il nous a bien fallu nous en fier au témoignage de nos yeux. 

Il s’agit là, en somme, d’une expérience peu commune et vraiment intéressante. Nous ne prétendons pas dire que l’affaire ne cache pas une certaine dose d’habileté. Mais ce qu’il est impossible de nier, c’est que M. Holtum a résolu ce problème de balistique qui consiste à doser mathématiquement une charge de poudre, capable d’envoyer un boulet à une certaine distance, sans que l’impulsion soit trop forte pour démolir les mains du patient. 

C’est, disait-on, un boulet mort qu’il reçoit en réalité, mais si mort qu’il soit, nous concevons très bien qu’aucun des assistants n’ait eu envie de le recevoir à sa place. 

« Le Temps. » Paris, 1875. ( 1875-04-10 )

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holtumAprès sa première performance, et à mesure que les témoignages de son exploit surhumain se répandaient, Holtum dut faire face à de nombreux incrédules le soupçonnant de supercherie et de fraude. Certains ont affirmé que la balle de canon était creuse. D’autres ont clamé que le canon n’utilisait pas une charge suffisante de poudre à canon.

Irrité par ces critiques, Holtum offrait une généreuse récompense à quiconque pouvait répliquer l’acte sur scène, avec même canon et même charge de poudre. Malgré les accusations, personne du nombre des 161 volontaires d’Europe et d’Amérique , n’a jamais réussi à reproduire l’exploit de l’homme au boulet de canon .

En Angleterre en 1880, Holtum a été amené en détention préventive devant le tribunal de Leeds Magistrate pour avoir blessé  un membre de son auditoire : un certain Elijah Fenton, qui avait accepté le défi.

« Le premier à essayer d’attraper le ballon était M. Fenton, mais quand le canon a été tiré, il l’a frappé à la tête et l’a renversé. Aussitôt amené à l’infirmerie, on a pu diagnostiquer une fracture du crâne et plusieurs blessures au nez « .

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3 réflexions au sujet de « L’homme au boulet de canon »

    Grande fillette a dit:
    août 29, 2017 à 4:50

    sympa ! Bonne journée !

    Aimé par 1 personne

    Aphadolie a dit:
    août 29, 2017 à 8:04

    Merci pour cette publication Gavroche.

    Je l’avais lu il y a fort bien longtemps et là… Tu viens de rafraichir ma mémoire.

    Aimé par 1 personne

    fanfan la rêveuse a dit:
    août 30, 2017 à 6:53

    Un sacré homme ! Mais qu’elle est donc l’utilité de mettre sa vie en jeu ainsi ?

    Aimé par 1 personne

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