Le nauscope 

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geoff-hunt

Le Gouvernement français reçut au mois d’avril 1780, un mémoire signé Baltineau, ancien employé de la Compagnie des Indes dans les îles de France et de Bourbon, dans lequel cet homme déclarait pouvoir signaler avec une certitude mathématique les navires se trouvant en pleine mer, à 260 lieues de distance.

Cette prétention parut singulière et ne rencontra que des incrédules. Toutefois, le Ministre de la Marine ordonna aux autorités de l’Ile de France, où vivait Baltineau, d’étudier la chose. Il fut convenu que le nauscope (pour employer le mot forgé par Baltineau lui-même) pré-annoncerait les arrivées de tous, les navires, durant huit mois consécutifs. La série d’expériences fut commencée le 15 mai 1782. Voici la déclaration de la Commission d’enquête :

« Sur 114 pré-annonces faites par Baltineau, signalant la présence de 216 navires, il ne s’est trompé que 4 ou 5 fois. Il justifia ces retards par les contrariétés imprévues du temps. » 

Plusieurs de ces prévisions sont véritablement merveilleuses. Le 20 août 1782, Baltineau affirma que plusieurs navires, se trouvaient à la distance de 4 jours de l’île, retenus par des vents contraires. Ce fut ainsi du 20 août au 10 septembre : le 11 septembre, la brise ayant soufflé favorablement, Baltineau déclara que là flotte n’était plus qu’à deux journées du port. Les navires ne tardèrent effectivement pas à arriver, et grande fut la surprise générale lorsqu’on sut qu’ils étaient réellement, depuis, le 20 août, restés immobiles a la hauteur des îles Rodriguez. 

S’étant embarqué pour la France, Baltineau signala en chemin 27 navires, qu’on ne tarda pas à rencontrer, et trois fois le voisinage de la terre. 

Mais le Ministère de la Marine repoussa ses offres, alléguant que les explications fournies par lui sur le moyen par lequel il découvrait les navires lointains étaient absolument insuffisantes. C’est possible, étant donné que les clairvoyants ne peuvent pas se rendre un compte exact du processus de la merveilleuse intuition qui leur est propre. Mais le Gouvernement français aurait dû attacher de l’importance aux faits, non à la théorie. 

Il importe d’observer qu’il ne s’agit là aucunement de contes à amuser les grands enfants. Le récit concernant Baltineau est tiré des  Mémoires Secrets de la Marine Française (tome XIX), gardés dans  les Archives de cette Administration. Bernardin de Saint-Pierre a parlé avec admiration et respect de Baltineau, déplorant, qu’il n’ait même pas pu obtenir une audience du Maréchal de Castries, ministre de la Marine, malgré les attestations, de l’Intendant et du Gouverneur de l’île de France, dont il était nanti. 

« Annales des sciences psychiques. » Paris, 1915.
Peinture de Geoff Hunt.

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