A Westminster

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dickens

Il y a un homme auquel je pense bien souvent depuis que l’Angleterre, avec un acharnement que les autorités du Reich reconnaissent elles-mêmes, répond à la gigantesque offensive aérienne dont elle est l’objet. 

Cet homme se promenait la nuit sur les quais voilés de brouillard et dans les rues où il pouvait reconnaître au passage les fantômes de son imagination. Il aimait sa ville d’un
amour qui avait donné de grandes ailes à son esprit. Londres n’était pas seulement pour lui une ville, elle était aussi un être dont il savait déceler les beautés, les caprices et les secrets changements. 

Son pouvoir créateur était tel qu’il lui arrivait de donner la vie et la parole a ce qui paraissait inanimé dans la plus grande cité du monde au commun des mortels. Le vieux bec de gaz avait des chuchotements, l’horloge parlait au-dessus des toits, les lettres des enseignes elles-mêmes avaient une nouvelle disposition et un nouveau sens. 

Oui, je pense à cet homme qui a tant aimé Londres dont les habitants viennent de subir dix heures d’alerte, et où l’on dit que pas un immeuble n’est indemne dans un rayon de 400 mètres. 

Mais le fracas des bombes ne peut pas le troubler. Il dort, à Westminster, du grand sommeil des génies. 

Heureusement pour lui, cher Dickens !

Obéron. « Le Journal. » Paris, 1940.
Illustration :edition.cnn.com

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2 réflexions au sujet de « A Westminster »

    francefougere a dit:
    septembre 11, 2017 à 9:24

    C’est beau ! le pouvoir des livres

    Aimé par 1 personne

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