L’opéra des Sabots

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Quelques vieux habitués de l’Opéra-Comique se souvenaient encore du petit opéra des Sabots, qui se jouait naguère sous ce titre, concurremment avec les chefs-d’oeuvre de Grétry, de Méhul et de Piccini. Voici de quelle manière on explique l’origine de cet ouvrage : 

Jacques Cazotte, ayant hérité de la fortune d’un de ses oncles, acheta une maison de campagne à Pierry, près d’Epernay, et s’y retira avec toute sa famille. La littérature occupait les soirées de Pierry. De temps en temps le châtelain Cazotte recevait un visiteur. C’était un homme jeune encore, aux traits heurtés, au regard égaré, aux allures étranges. Sa conversation était rapide, confuse même quelquefois, mais d’une hardiesse qui commandait l’attention. 

Comme Cazotte, cet homme n’aimait pas son époque : on voyait qu’il s’y sentait mal à l’aise, et qu’il cherchait par tous les moyens possibles à échapper à son contact. L’ivresse était un des moyens qu’il employait le plus volontiers pour arriver à ce résultat. Rien n’égalait alors l’originalité de son langage, l’imprévu de ses idées, la force de ses raisonnements. Il pleurait lorsque Jacques Cazotte lui  chantait sa chanson favorite sur un clavecin délabré : 

Toujours nous aimer, landerirette, 
Jamais ne changer, landerira ! 

Ce personnage bizarre, que tout le monde aimait dans la maison, était connu sous le nom de neveu de Rameau

Un soir, pendant une visite de ce fou de génie, toute la famille était réunie autour du foyer. Le neveu de Rameau, assis dans un grand fauteuil, faisait jouer sur ses genoux le plus jeune des fils de son hôte. Cazotte causait avec plusieurs de ses voisins qu’il avait l’habitude de recevoir une fois la semaine. La conversation roulait sur les opéras bouffons, autrement dits : Comédies à ariettes, qui étaient alors dans leur nouveauté. Un des interlocuteurs vantait l’excellence de ce genre et s’extasiait sur les difficultés qu’on trouve à les traiter. Jacques Cazotte n’était pas de cet avis : 

— Donnez-moi un mot, dit-il à son antagoniste, et si d’ici à demain je n’ai pas fait une pièce dans ce système , vos éloges seront mérités. 

Au même instant, un paysan entre avec des sabots… 

— Eh bien , sabots ! s’écria le partisan des opéras bouffons. Voyons comment vous vous en tirerez ! 

Cazotte fait sortir tout le monde, excepté le neveu de Rameau. Ils s’enferment, et le lendemain est composé, paroles et airs originaux, l’opéra-comique des Sabots

Ainsi, chose curieuse, le seul monument laissé par cette intelligence immortalisée par Diderot , était un opéra-comique joué sous le nom de Duni et de Sedaine…

« Le Ménestrel. » Paris, 1854.

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Une réflexion au sujet de « L’opéra des Sabots »

    jmcideas a dit:
    septembre 13, 2017 à 6:35

    Un opéra de quat’sous d’1 acte & musique à 2 pieds, des sabots = pas riche, en quelque sorte.
    Peut-on connaître le prix de l’entrée au spectacle ?
    bof

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