Un ver luisant à la tribune

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rené-baumerImaginez-vous, mes chers amis, que j’ai fait un drôle de rêve, je dirai même un cauchemar. Oui, j’ai rêvé que je faisais de la politique et que je me présentais aux élections législatives ! Vous voyez ça, pour le pauvre ver luisant que je suis !

Pensez donc, avec le chahut qu’ils font dans les réunions contradictoires, ma pauvre lanterne n’aurait pas fait long feu et les contradicteurs qui se servent souvent de la trique aujourd’hui, se seraient chargés de la faire danser ! Mais je vais quand même vous raconter mon rêve.

Je montai à la tribune et je dis à mes électeurs :

— Pour vous servir. Si vous voulez la Lune, je m’engage à vous la… promettre. Que désirez-vous ?
— L’Egalité ! a alors hurlé un homme au nez rouge.
— Vous l’aurez !

Et je ne mentais pas, car quand on est mort on est tous égaux.. Avant, c’est une autre histoire. A la naissance même, on n’est pas tous pareils. Il y en a de gros et de petits, de bien faits et de mal fichus… Et dans la vie c’est encore mieux. Car voyez-vous, il y a des filets d’eau, des ruisseaux, des rivières et des fleuves. Tout le monde ne peut pas être ruisseau, sans cela l’eau n’arriverait jamais jusqu’à la mer. Tout le monde ne peut pas être fleuve, car il y aurait de l’eau par toute la Terre. Et c’est pour ça que tout le monde ne peut pas être riche. Et puis si on était tous riches, on vivrait tous de nos rentes. Et qui ferait le pain ? Et qui ferait les habits ? Et qui ferait le beurre… ?

Mais revenons à notre réunion. Je demandai :

—  Que voulez-vous encore ?
— Partager ! a braillé un lascar à la trogne violette.
— Quoi ?

— Tout !
— Oh ! mon ami, vous êtes trop exigeant. Vous avez un derrière qui vous est personnel. Il vous faut une culotte pour le mettre dedans. Vous ne voudriez tout de même pas partager avec moi votre culotte ! On ne pourrait pas loger à l’aise dedans tous les deux… Quant à votre derrière, j’espère que vous ne songez pas à le partager, bien qu’il soit déjà fendu !…

Ça a fait un beau chahut. Les électeurs m’ont flanqué à la porte. Mais ce n’était qu’un rêve, un de ces rêves qui parfois ressemblent tellement à la réalité.

Pierre Paysan. Limoges, 1939. page 68
Illustration : René Baumer.

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Une réflexion au sujet de « Un ver luisant à la tribune »

    equinoxio21 a dit:
    septembre 29, 2017 à 8:15

    Parfaitement d’actualité. Une guerre mondiale et quelques locales plus tard… 😦

    Aimé par 1 personne

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