L’aubergiste de Bagnolet

Publié le Mis à jour le

paul-de-kockL’anecdote suivante est empruntée à la biographie de M. Paul de Kock que M. E. de Mirecourt a fait paraître.

Au lieu de louer à Romainville la petite maison tant souhaitée, on la fit construire sur un terrain acheté à beaux deniers comptants, et Paul de Kock avec sa famille alla courir et gambader sous l’ombrage. 

Ils étaient à peine installés qu’un traiteur de Bagnolet se présenta très humblement en veste blanche et la toque traditionnelle à la main. 

— Monsieur Paul de Kock, s’il vous plaît ? demanda-t-il, en s’adressant au romancier lui-même.
— Que lui voulez-vous, mon ami ?
— Lui souhaiter le bonjour, d’abord.
— Vous le connaissez donc ?
— Si je le connais ? je crois bien ! il a fait ma fortune.
— Comment cela, mon brave ?
— Ah ! voici, dit le traiteur : figurez-vous que Paul de Kock dîne chez moi tous les dimanches.
— Tous les dimanches, vous en êtes sûr ?
— Parbleu ! puisqu’il dîne avec son épouse.
— La preuve est excellente, s’écria l’auteur de
Sœur Anne en éclatant de rire. Tu entends, ma chère amie ? ajouta-il en se tournant vers madame de Kock. 

Elle assistait à cette scène curieuse. 

— Mais oui ! mais oui ! reprit. le traiteur. Et je puis vous affirmer qu’ils mangent comme des rois. Je leur réserve toujours les morceaux les plus délicats… Peste !… et jamais d’addition… Cent cinquante personnes dînent chez moi le dimanche, et ces gens-là paient volontiers leur écot double, quand je leur montre M. Paul de Kock. Aussi, dès que j’ai su qu’il était notre voisin, je me suis dit : peut-être consentira-t-il à venir plusieurs fois la semaine. Je vais lui présenter mes respects
— J’accepte, vos respects, mon brave, dit le romancier en lui frappant sur l’épaule. Mais il est bon de vous dire qu’un autre que moi a mangé vos dîners.
— Un autre que vous… c’est juste… Pardon !… je ne vous comprends pas.
— Vous me comprendrez mieux quand je vous aurai dit qu’on vous trompe. Regardez-moi. M’avez-vous jamais vu ?
— Non.
— Eh bien ! je suis Paul de Kock.
— Bonté du ciel !… est-ce possible ? Ah ! le brigand !… Il m’a volé ! s’écria le traiteur,
— Non, puisque vous avez fait d’excellentes affaires. C’est vous qui venez de le dire.
— Sans doute, mais quel dommage ! Douze ou quinze mois encore, et je vivais de mes rentes.  — 
A présent que vous êtes désabusé n’allez pas lui servir de compère, au moins, dit Paul de Kock avec beaucoup de sérieux, ou je préviendrai la police. Quand je dîne au restaurant je paie ma carte. 

Il congédia le pauvre traiteur qui s’en alla répétant : 

— Quel dommage ! quel dommage!… Ma foi, je vendrai la gargote. 

« L’Éventail : écho des coulisses. »  Bordeaux, 1855.

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2 réflexions au sujet de « L’aubergiste de Bagnolet »

    intrepid8 a dit:
    octobre 22, 2017 à 7:56

    Très intéressant.

    Merci pour le post informatif.

    Belle fin de semaine.

    Aimé par 1 personne

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