Une nourrice improvisée

Publié le Mis à jour le

mere-bebeDans les campagnes du Midi, les femmes qui en été travaillent aux champs emportent, quand elles sont nourrices, leurs bébés dans une corbeille peu profonde, et choisissent à l’ombre une place où elles déposent leurs chers petits êtres. Puis, à l’heure des repas, elles viennent leur donner le sein.

Une d’elles laissait son enfant à la garde d’une belle chienne qui, ayant mis bas, avait du lait à pleines mamelles. Le pauvre bébé, loin de sa mère, criait de temps en temps. La chienne, qui lui était très attachée, paraissait inquiète. L’instinct lui avait-il appris ou avait-elle remarqué que lui, comme son petit à elle, tétait le sein de sa mère, et qu’avant de le prendre il criait bien fort ?

Toujours est-il que la bonne et douce bête eut l’idée de se placer en travers, au-dessus de la corbeille, offrant ses tétines à la bouche de l’enfant, qui, sans plus de façons, se mit en devoir d’y boire un petit coup en attendant le sein de sa mère.

Le bébé était magnifique et de très belle venue. Sa mère pourtant remarquait que, depuis qu’elle venait aux champs, il n’avait plus un si gros appétit, et cela l’étonnait un peu. Mais il se portait si bien qu’elle ne s’en préoccupait pas autrement, lorsqu’un jour, craignant l’orage, elle revint vers son enfant à une heure inaccoutumée. Et que vit-elle ?

La chienne, placée en dehors de la corbeille laissant le bébé boire son lait à pleine bouche. Alors elle comprit pourquoi il n’était plus si affamé que par le passé.

La chienne, en voyant approcher sa maîtresse, ne se dérangea pas. Elle la regardait de ses deux grands yeux doux, semblant lui dire : « Tu n’es pas toujours là quand il crie. Tu vois, le pauvret, il avait faim, il pleurait, je le console. Je te remplace un peu, regarde comme il a l’air content... »

La mère, qui aimait sa belle chienne, lui laissa d’autant plus la garde de son enfant, sans s’occuper (chose rare) des sots propos qu’on lui tenait, lorsqu’au village on sut qu’une chienne allaitait son enfant. D’aucuns craignaient que le petit n’aboyât.

Aujourd’hui, l’enfant a quatre ans. L’affection pleine de tendresse que le bébé et la chienne ont l’un pour l’autre ne s’est pas démentie. La mère me contait que souvent elle s’était cachée pour voir comment les choses se passaient.

« Quand le bébé criait, me disait-elle, la bonne bête, au-dessus de la corbeille qu’elle enjambait, se baissait et semblait caresser le visage de l’enfant de ses tétines rebondies, et lui, de sa petite bouche, en happait une et appuyait ses mains mignonnes sur le ventre de la chienne« .

Quand, bien repu, il s’endormait, elle se retirait doucement et, d’un petit coup de langue, lui donnait un baiser, puis se recouchait, fidèle gardienne, auprès de la corbeille.

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1889.

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5 réflexions au sujet de « Une nourrice improvisée »

    anne35blog a dit:
    novembre 5, 2017 à 11:51

    une belle histoire pleine de tendresse…

    Aimé par 1 personne

    nuage1962 a dit:
    novembre 5, 2017 à 12:18

    au moins l’enfant semblait en santé, mais ce n’est pas une chose que je n’aurais pas fait

    Aimé par 1 personne

    marie a dit:
    novembre 5, 2017 à 1:22

    Une très belle et tendre histoire. Bon après-midi amitiés MTH

    Aimé par 1 personne

    jmcideas a dit:
    novembre 7, 2017 à 12:27

    La véritable tendresse est bien celle des animaux!
    Elle est si humble et profonde que la lionne y donne sa vie

    (et moi aussi)

    J'aime

    Soizic a dit:
    novembre 7, 2017 à 10:17

    Elle est trop mignonne cette histoire

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