Phénomènes séditieux

Publié le Mis à jour le

sans-culotteTous les journaux ont fait mention d’une petite fille des environs de Longwy, dans les yeux bonapartistes de laquelle on peut lire cette légende, Napoléon empereur, écrite distinctement. On a aussi parlé d’un enfant dont l’oeil présente un petit cadran de montre avec les heures en chiffres romains. Enfin, il a été question d’un troisième marmot qui porte sur la poitrine une auréole semblable à celle qui entoure le Saint-Sacrement.

Tous ces faits sont attribués à la force de l’imagination maternelle, frappée durant le temps de la grossesse. Un phénomène de ce genre, et non moins bizarre, a existé à Valenciennes dans les premières années de la révolution. Il a été constaté par un arrêté des représentants du peuple, alors en mission dans cette ville. L’arrêté fut imprimé et distribué. Et il en existe encore quelques exemplaires. En voici le contenu : 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ OU LA MORT.

A Valenciennes, le 13 nivôse, l’an III de la république française, une et indivisible. Les représentants du peuple près les armées du Nord, Sambre-et-Meuse et départements frontières, vu la pétition de la citoyenne Magdeleine Bouché, épouse de J.-B. Mercier, volontaire au 1er bataillon du Nord, chargé de plusieurs enfants, qui n’échappa qu’avec beaucoup de peine à la férocité des Autrichiens lors du premier siège de Valenciennes, laquelle vient d’accoucher d’une fille portant sur le sein gauche le bonnet de la liberté, en couleur et en relief, dont la pétition nous a été renvoyée par le comité de salut public. 

Vu le rapport du général divisionnaire Jacob, qui a été par nous chargé de vérifier ce dernier fait.

Considérant qu’il résulte du rapport du général Jacob, qu’il est constant que la fille dont vient d’accoucher la citoyenne Mercier porte sur le sein gauche le bonnet de la liberté, en couleur et en relief. 

Considérant que le peuple français n’a brisé ses antiques idoles que pour mieux honorer les vertus. Que le jour de la liberté, en dissipant les ténèbres mensongères du fanatisme, rend tout leur éclat aux oeuvres de la nature, qui s’est plu, pendant le cours de notre révolution, à nous prodiguer ses bienfaits. Que si les miracles inventés par l’imposture sacerdotale étaient accueillis par l’ignorance et la sottise, il n’appartient qu’aux esprits éclairés et à la raison, d’observer attentivement les prodiges variés du moteur secret de l’univers.

Considérant que le phénomène dont la fille de la citoyenne Mercier offre le premier exemple, prouve, non-seulement que la nature aime à marquer de son sceau le règne de l’indépendance, mais encore l’attachement intime que la mère de cet enfant porte aux  signes sacrés de la liberté. 

Arrête que, sur le vu du présent arrêté, le receveur du district du Quesnay paiera à la citoyenne Mercier, la somme de quatre cents francs, à titre de secours provisoire.

Arrête, en outre, que le présent arrêté sera adressé au comité de salut public et d’instruction publique de la convention nationale. Le présent arrêté sera imprimé et affiché.

Signés, Roger-Duclos et J.-B. Lacoste. Pour copie conforme : Grosley, secrétaire. 

La Pandore, Paris, 1830.

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