De la tragédie au vaudeville 

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eugene-silvainL’illustre doyen de la Comédie-Française, Eugène Silvain, avait autrefois l’habitude d’emmener ses élèves à la campagne. Une fois, par an, il les réunissait sur son petit yacht, qui filait aussitôt vers Rouen ou vers le Havre. 

Le voyage, le long des bords fleuris de la Seine, était pittoresque et animé. Des scènes classiques étaient interprétées sur le pont et la chlamyde voisinait avec le péplum. A la proue du coquet navire une impressionnante canardière dirigeait son embouchure sur l’une des berges. 

Disons tout de suite qu’elle faisait partie des accessoires dramatiques. De temps à autre, le Maître, se méprenant sur le frémissement des herbes de la rive, lâchait un coup. Les élèves, accourus, voyaient filer à tire-d’ailes quelque poule d’eau ou quelque canard. Ensemble, ils s’écriaient : « Raté, Maître », puis ils reprenaient le cours de leurs ébats. 

Mais il advint qu’une fois il tua (le hasard est si grand) un gentil lapin. D’où procès, l’animal ayant été occis sur un terrain gardé. Et le procès-verbal qui relatait l’incident s’exprimait ainsi :

« Qu’un individu nous avoir dit que le bateau appartenait à un histrion de l’Académie nationale, lequel se prénomme Silvain,  mais dont nous n’avons pu connaître le nom définitif. » 

L’excellent tragédien se souvient-il encore  que cette joyeuse aventure lui valut un franc d’amende devant la Cour de Rouen ? Elle lui permit aussi de méditer sur la vanité de la gloire !

« Le Carnet de la semaine. » Paris, 1918.

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