Intraitable

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HaendelA propos de la troisième journée du festival de Hændel, le chroniqueur de l’International raconte l’anecdote suivante, qui prouve le caractère irascible et emporté de ce grand compositeur :

Un jour la signora Cuzzoni, cantatrice en renom, fort jolie, mais capricieuse, exigeante et pétrie d’amour-propre, comme il n’y en a plus de notre temps, s’avise de trouver mauvais un air d’Othon : Faisa  immagine, écrit pour elle. Le maître lui demande doucement qu’elle est cette fantaisie. Il reprend l’air, le déchiffre au piano, et lui prouve, avec beaucoup de calme, que le morceau est tout à fait dans sa voix. 

 J’ai dit que je ne veux pas le chanter, et je ne le chanterai point.

Voilà la seule réponse qu’il put tirer de l’actrice. Ceci se passait au troisième étage d’une villa charmante, habitée par la Cuzzoni. Il faisait chaud, la croisée toute grande ouverte donnait sur un précipice.

Hændel  était d’une force herculéenne et d’une vivacité extrême. II se leva tout à coup, saisit la dame, et la tenant à bras tendu au-dessus de l’abîme : 

 Chanteras-tu mon air ? lui dit-il, d’une voix suffoquée.
— Miséricorde ! Au secours ! au secours !
— Chanteras-tu ? chanteras-tu ?
— Je chanterai tout ce que vous voudrez, votre air est charmant… Mais ayez pitié de moi, ne me tuez pas, mon bon monsieur Hændel ! 

A dater de ce moment, la signora Cuzzoni n’eut plus de caprices. Comment résister à un homme qui avait de tels moyens de persuasion ?

Une autre fois, le docteur Morell, poète d’opéra, fait remarquer à l’illustre maestro qu’un passage de sa musique ne rend pas tout le sens des paroles. Hændel, outré de colère, s’écrie en jurant : 

 Voulez-vous m’apprendre mon métier, satané cuistre que vous êtes ? Je vous dis que ma musique est bonne, elle est excellente. Ce sont vos paroles qui ne valent pas le diable ! 

Puis, se mettant au clavecin et frappant de toutes ses forces : 

— La voilà, ma musique, qu’avez-vous à lui reprocher? Vous le voyez, elle est parfaite ! Allez-vous en refaire votre morceau, ce sont vos paroles qui ne rendent pas bien le sens de ma musique. 

« La Semaine musicale. » Paris, 1865.
Peinture : Balthasar Denner.

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Une réflexion au sujet de « Intraitable »

    fanfan la rêveuse a dit:
    avril 12, 2018 à 7:09

    Voila un homme qui ne savait pas se remettre en question, la colère évite d’y venir, voila qui est bien plus facile 😉

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