Laissez verdure

Publié le Mis à jour le

delacroix-nohantOn publia, à l’occasion du centenaire de George Sand, le procès-verbal de ses derniers jours, qui a été adressé à ses parents et à ses admirateurs les plus proches. Mme Arvède Barine lui a consacrée une étude fort intéressante, insistant sur la beauté de cette mort et sur la bonté dont fit preuve George Sand en ne voulant pas que ses enfants connaissent son mal. 

Le mal qui devait l’emporter remontait à une fièvre typhoïde, qu’elle avait eue vers 1856 : il en était resté des ulcérations qui la faisaient cruellement souffrir. Mais elle ne se plaignait pas et demandait le médecin le moins possible, dans la crainte d’alarmer ses enfants. Et jamais la douleur ne l’empêchait de travailler. 

En 1876, au mois de mai, elle eut une crise d’occlusion intestinale, et, au lieu de s’adresser à ses médecins ordinaires, elle prit une consultation à la légère; on l’examina mal, ou pas suffisamment. Et, au commencement de juin, elle était obligée de se reconnaître vaincue, de s’étendre sur un canapé et d’appeler son fils Maurice Sand.

Celui-ci demande, aussitôt le docteur Papet, qui connaissait sa mère depuis longtemps. Le docteur, tout de suite, déclara qu’elle était perdue. 

La nuit qui suivit fut atroce : George Sand poussait des cris qu’on entendait du fond du jardin. 

On voulut lutter; on appela les médecins des environs; le docteur Péan vint de Paris et appliqua un traitement énergique et si douloureux que George Sand souffrit le martyre, stoïquement; la sueur ruisselait de son front. 

Mais, au moment même de la mort, elle conservait la plus délicate coquetterie; elle ne voulait pas que son fils la vît souffrir, ni ses petites-filles : « elle était presque honteuse » d’une si vilaine maladie, et, quand on la soignait, elle exigeait que ses enfants se retirent. 

Au bout de trois ou quatre jours, la fièvre disparaissait, et on voulait la croire sauvée : c’était la fin qui commençait. Le 7 mai, elle murmura : « Adieu, mes chères petites-filles. » On les lui amena, et elle leur dit adieu, puis à son fils et à sa bru. 

Adieu, adieu, je vais mourir : Laissez verdure… Mon Dieu… La mort… la mort… ayez pitié, mes enfants, ayez pitié… Laissez verdure

On fut assez longtemps à se demander ce que pouvaient signifier ces dernières paroles. Et, comme elle les répétait encore avec insistance, on finit par comprendre : c’est que le coin du cimetière où devait être sa tombe était encombré de plantes folles : elle voulait qu’elles fussent respectées. Elle voulait dormir sous les fleurs et les feuillages. 

Ses obsèques réunirent de nombreuses personnes illustres, parmi lesquelles : le prince Napoléon, Renan, Flaubert, Dumas, Paul Meurice, et l’on prononça de fort beaux discours. Mais le plus beau, le plus touchant fut celui d’un simple Berrichon qui dit adieu, au nom de tous les paysans d’alentour, à « la bonne dame de Nohant » . Ils étaient venus si nombreux que, lorsque le cortège entra dans l’église, il la trouva absolument comble.

Paris, 1904.
Peinture :  Le jardin de George Sand à Nohant, Eugène Delacroix.

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3 réflexions au sujet de « Laissez verdure »

    anne35blog a dit:
    avril 24, 2018 à 11:36

    elle avait raison, c’est très joli les herbes folles et moins conventionnel…

    Aimé par 1 personne

    iotop a dit:
    avril 24, 2018 à 11:33

    Bon jour,
    Mourir d’une occlusion intestinale c’est horrible, quelles souffrances … j’ai eu mal en lisant ces lignes ici écrites …
    Max-Louis

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    jmcideas a dit:
    avril 29, 2018 à 8:23

    Les derniers mots ont-ils un sens?
    NON, à mon interprétation
    Ils ne sont que l’absolution d’une mémoire trouble, relative au tout dernier instant, qui apostrophe quiconque:
    > « Le chat est sur la clôture »
    Un seuil infranchissable; soient Les derniers mots!

    J'aime

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