L’espion de Strasbourg

Publié le Mis à jour le

clementader-muretAu lendemain de nos désastres de 1870, les Allemands, hélas ! maîtres de Strasbourg, y entreprirent l’édification d’une enceinte plus puissante et moins éloignée que l’ancienne. Murs massifs imposants, bastions inexpugnables, maçonneries de géants.

A l’ombre de ces défenses, les recrues faisaient l’exercice, surveillés par des officiers. Un lieutenant allait d’une escouade à l’autre lorsqu’il aperçut, installé parmi les pierres de taille du bâtiment en construction, un civil qui prenait des notes cachant du reste son jeu, semblant s intéresser bien davantage au vol des gigognes, nombreuses dans les  parages, qu’aux redoutes, escapes et courtines des fortifications. Mais cette ruse ne pouvait abuser le lieutenant qui commanda quatre hommes et conduisit l’impudent et imprudent quidam chez le général commandant la place, non sans avoir à s’emparer du carnet de notes de l’effronté. Mais ce dernier ne s’était pas laissé faire et protestait  véhémentement en français, ignorant la langue allemande.

Le général, lui, froid et rigide, commença par rappeler que l’espionnage était puni, alors, non encore de mort, mais de longues années de prison de forteresse. Puis il questionna l’inculpé, ou futur inculpé :

 Vos nom, adresse et qualité…
— Clément Ader, électricien.

Dans la salle, un ingénieur installait justement le téléphone.eoleLe nom d’Ader lui fit tourner la tête. Le général vit le geste et, en allemand, questionna l’ingénieur, lequel dut sans doute déclarer qu’il connaissait un Français de ce nom dont les études en téléphonie faisaient autorité.

Le général interrogea Clément Ader, vit que c’était en effet de lui qu’avait voulu parler son compatriote, constata que le fameux carnet contenait des… croquis de cigognes, des courbes de vol, des profils d’ailes ! Il se dit que ce maître électricien devait avoir un peu l’esprit dérangé. Il le renvoya en lui conseillant de ne plus jamais venir dans la zone des ouvrages avancés.

« Décollage : le magazine de l’aviation mondiale. » Paris, 1947.

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2 réflexions au sujet de « L’espion de Strasbourg »

    iotop a dit:
    mai 5, 2018 à 2:00

    Bon jour,
    J’adore ces anecdotes … 🙂
    Merci pour ce partage.
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

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