Louable initiative 

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monetOn ne dira jamais assez combien nos admirables ingénieurs, qui quittent l’administration des Ponts et Chaussées pour venir dans les Chemins de fer, toucher des appointements meilleurs, sont capables d’initiatives intelligentes.

Si la crise des transports n’est pas encore résolue, c’est évidemment qu’elle ne peut l’être. Monsieur Claveille a usé, à vouloir accomplir cette tâche surhumaine de nous donner des trains, le meilleur de son activité, et de nombreux « chers camarades » ont en vain passé des nuits à chercher la solution introuvable de ce si difficile problème. Mais si le public, qui souffre de la vie chère, est enclin à jeter la pierre à tous ces hommes de valeur et de bonne volonté, le journaliste, qui réfléchit et se documente, a le devoir de leur rendre hommage… et d’expliquer à la foule ignare que ce n’est point leur faute si tous les convois déraillent ou parviennent en retard à destination. 

Et ce m’est une joie bien douce et réconfortante, de crier très haut le mérite de M. le Chef de l’Exploitation de la Compagnie des Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, qui vient de se signaler à l’estime de ses contemporains, par une mesure inattendue qui révèle, tout à la fois, et l’ardeur de son patriotisme éclairé et une profondeur de vues, que l’on souhaiterait à beaucoup de nos ministres. 

Convaincu que la discipline fait la force principale des armées, et que la déférence est fille légitime de la discipline, cet homme de bien, ce CHEF a donné l’ordre à tous les employés du P.-L.-M. de faire le salut militaire à leurs supérieurs hiérarchiques, ainsi qu’à MM. les Généraux. L’homme d’équipe doit saluer le lampiste, le lampiste le chef de train, le chef de train le chef de gare, etc. 

Les lampistes sont dans la joie. L’un d’eux, avec qui je déjeune fréquemment au Café de  Paris, me disait hier, en son langage dépourvu de prétention :

Y a pas d’erreur, not’ chef de l’Exploitation est un poteau. Ça fait plaisir d’avoir droit au salut de quéqu’un. Ainsi, moi, je reçois de l’homme d’équipe, le même salut qu’il adresse au général Pétain Bien entendu, c’est pas ça qui fait bouillir la marmite. Mais j’aime presqu’autant ça qu’un apéro. 

Ce lampiste a raison. Évidemment l’instauration du salut militaire ne fera point arriver les express de la Compagnie avec plus d’exactitude, mais on peut espérer qu’ils ne subiront pas, de ce fait, de retards importants. En tout cas, on ne peut que se féliciter de voir la vieille urbanité française, qui semblait mal au point, ressusciter grâce à M. le Chef de l’Exploitation du P.-L.-M. 

On m’affirme même (mais je n’ose croire à ce miracle) que dans un avenir prochain les employés devront saluer Messieurs les voyageurs 

« La Pomme cuite. » Paris, 1917.
Peinture de Claude Monet.

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